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.J’ai plongé sur le singe mais sans le quitter des yeux, lui, l’ogre ricanant.Et quand je me suis abattu sur ma proie…Quand j’ai appuyé sur l’interrupteur…C’est lui qui a sauté.Là-bas.A l’autre extrémité du comptoir.Il y a eu un gonflement de la blouse grise.Son visage, une seconde, au comble du ravissement.Puis la blouse s’est vidée d’une purée sanglante.Qui avait été son corps.Implosion.Et, quand je me suis redressé, j’ai su qu’il avait fait de moi un assassin.Pourquoi moi ?Pourquoi ?Les flics m’ont emmené.38Cette fois-ci, il me faut des heures pour récupérer mes oreilles.Des heures passées seul dans une salle d’hôpital qui doit être sonore.Seul, si l’on excepte la trentaine d’étudiants en médecine qui écoutent dévotement le propos du maître blanc penché sur le cas de ma surdité à éclipses.Il a le sourire du Savoir.Ils ont le sérieux de l’apprentissage.Ils s’entretueront un jour pour lui piquer sa place.Il s’accrochera au caducée.Tout cela aura lieu loin de moi.Parce qu’avec six assassinats sur le râble, j’égrènerai dans un trou les unités de la perpétuité.— Pourquoi ?Pourquoi moi ?Pourquoi m’avoir refilé le chapeau à moi ?Gimini n’est plus là pour me répondre.Comment s’appelait-il, au fait, mon grand-père idéal ? Je ne sais même pas son nom.Si au moins je pouvais ne plus rien entendre jusqu’au bout.Mais non, le maitre blanc n’a pas volé ses diplômes.Alors, forcément, il me débouche.— Il ne s’agissait pas à proprement parler d’une lésion, messieurs.Murmures admiratifs des piranhas du savoir.— Aucune chance pour que les symptômes réapparaissent jamais.Et, à moi, de sa voix suavement parfumée :— Vous êtes guéri, mon cher.Il ne me reste plus qu’à vous rendre votre liberté.Ma liberté se pointe aussitôt en la personne de l’inspecteur Caregga.Qui me conduit sans un mot vers le Quai des Orfèvres.(Bien la peine de me rendre l’ouïe pour me livrer à un muet !)Claquements de portières.Escaliers.Ascenseur.Claquements de talons dans les couloirs.Claquements de portes.Et toc, toc, toc, à celle du commissaire divisionnaire Coudrier.Il était en train de téléphoner.Il raccroche.Il hoche longuement la tête en me regardant.Il demande :— Café ?(Pourquoi pas ?)— Elisabeth, je vous prie…Café.— Je vous remercie.Vous pouvez vous retirer.(C’est ça.Mais laissez-nous la cafetière, oui, voilà.)La seule porte à ne pas claquer dans toute cette boutique, c’est celle du divisionnaire Coudrier quand elle se referme sur Elisabeth.— Alors, mon garçon, vous avez enfin compris ?(Pas vraiment, non.)— Vous êtes libre.Je viens d’appeler votre famille pour la rassurer.Suivent les explications.Les explications finales.Voilà : je ne suis pas un assassin.Mais l’autre, le nabot sulfureux que j’ai fait sauter en l’air en était un.Et de première encore ! Non seulement c’est lui qui a provoqué sa propre mort en m’obligeant à plonger sur le gorille, mais c’est aussi lui qui a rectifié toute son équipe d’ogres.— Comment les attirait-il dans le Magasin ?La question me vient spontanément, et, oui, en effet, c’est bien ce qui a longtemps travaillé Coudrier.— Il ne les attirait pas.Ils y venaient de leur plein gré.— Vous dites ?— Suicides, monsieur Malaussène.Il sourit, tout à coup, et s’étire dans son fauteuil.— Cette affaire m’a rajeuni de trente ans.Une autre tasse ?Il y en avait en pagaille de ces sectes à la gomme, pendant la rôtisserie de la Seconde Guerre mondiale.Or, un des premiers jobs du commissaire Coudrier, une fois les armistices signés, fut de récurer tous ces chaudrons du diable.— Un travail passablement monotone, mon garçon, elles se ressemblaient toutes comme deux gouttes de sang, ces foutues sectes des années quarante.Oui, toutes sur le même modèle.Un curieux phénomène de rejet des codes moraux et des idéologies, au profit d’une mystique de l’Instant.Tout est permis puisque tout est possible.Voilà en gros ce qu’ils avaient dans le crâne.Et la démesure du temps les encourageait.Il y avait de l’émulation dans l’air, pour ainsi dire.S’ajoutait à cela une critique radicale du matérialisme, qui rend l’homme besogneux et prévoyant – le commerce des choses révélant une foi abjecte dans les lendemains qui payent.Mort au lendemain ! Vive l’instant ! et gloire à Mammon le Jouisseur, Prince de l’Instant Eternel ! Voilà.En gros [ Pobierz całość w formacie PDF ]