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.Je n’avais pas vu ce préambule le jour où je suis tombé sur l’ouvrage.Il reflète de façon non équivoque les bonnes intentions de l’auteur à l’époque de la parution de l’opuscule, une démonstration par l’absurde en quelque sorte.Je suis de plus en plus mal à l’aise.Cette femme me fait l’effet de n’être que la partie affleurante d’une véritable campagne d’intoxication.Depuis hier, j’envisage d’utiliser la voix de Nielsen pour mettre en garde le monde contre ce danger qui couve.J’ai déjà fait un premier brouillon et j’ai trié quelques images.Une pensée du prince assied à nouveau ma réflexion : « Il faut trancher les branches mortes à cause du signe de la mort.Mais il est absurde de les accuser de la mort de l’arbre.C’est l’arbre qui meurt quand meurent ses branches.Et la branche morte n’était qu’un signe.»Samedi 23 décembreDix jours de repli obsessionnel dans ma salle de montage.Je n’ai plus pensé à Brenda.Cet après-midi, mon remords se fait lancinant.Bravant neige et frimas, je pars pour l’hôpital.Quand je la revois je suis délivré de mes angoisses : elle a meilleure mine et je lui trouve du tonus à revendre.— Il ne fallait pas, Antonin.Je suis autorisée à sortir demain.— J’avais le temps long sans vous, tante, lui fis-je avec douceur.Je récolte sa confusion.— Si j’avais su que vous reviendriez me voir, j’aurais gardé mes desserts.Cette privation inespérée me rassure le temps qu’elle enchaîne :— Regardez dans mon sac.Il me reste des biscuits.Je suis bon, une fois de plus, pour l’expiation sucrée.Coiffée d’un bandage blanc auquel il ne manque que des plumes d’aigle, tante Brenda n’a pas seulement retrouvé ses couleurs, elle a aussi déterré la hache de guerre contre son animal de médecin qui fait obstacle à son départ immédiat.— Je me sens parfaitement rétablie.Ce que je traduis par : « Il est impérieux que je reprenne mon service.»La convalescente trépigne.— Dans quel état vais-je retrouver la maison ?— J’ai eu des nouvelles par les Brigout.Vos plantes et votre chatte se portent à merveille.— Il n’empêche que…Je devine ce qu’elle a sur le cœur, c’est pourquoi je poursuis pour elle.Ainsi je lui rappelle que, même malade, je ne l’ai jamais vue déserter son poste, qu’à la maison personne n’a jamais eu à se plaindre d’elle.Je la remercie simplement d’avoir été là, trente ans là.Je lui dis combien elle a toujours été précieuse pour nous et combien nous l’aimons tous.Je lui fais don d’un chagrin bienfaisant qui la nettoie de mille ans d’oubli d’elle-même.Je me tais ensuite le temps que les larmes la libèrent.Je me recueille tandis qu’elle s’affaire en bonne gouvernante dans les corridors violentés de ses souvenirs.Nous sommes si proches l’un de l’autre, deux cœurs rudoyés.Je peux dire où trotte sa peine.C’est comme si j’entendais ses pas dans la demeure.Là, elle prend les poussières dans la chambre de Marjorie.Un peu plus tard, elle ouvre fenêtres et volets chez les parents, à moins qu’elle ne monte au second pour repasser du linge dans la mansarde contiguë à la sienne, celle où vivait Fernand.Le soir, besogne faite, je la vois bien découper ses articles astrologiques dans des magazines.Je suis soudain jaloux d’Astrid Galaxy.J’envie cette place qu’elle tient dans le cœur de ma gouvernante.La tendresse qu’on a pour moi est laborieuse et si suspecte à mes yeux.Elle a l’inconvenance de partager son lit avec la pitié.Je suis arrêté dans cette pensée par tante Brenda qui relève la tête, me fixe de ses yeux humides.J’entends alors :— J’ai toujours été là, Antonin.Je sens une présence autour de nous.Sans doute l’esprit de nos morts qui plane dans la chambre.19.Après le départ de Marjorie, il faudra combler cette absence brutale, accepter ce rétrécissement violent de notre champ d’affection.Ce que l’on appelle communément faire son deuil.Mon père n’en mène pas large dans les semaines qui suivent l’enterrement.Qu’on ait frappé sa fille chérie dans son innocence et sa jeunesse pour l’atteindre lui, le démolit et il se débat avec des colères impuissantes dont les bibelots et autres objets ménagers font plus d’une fois les frais.Il traverse à cette époque des moments d’abattement terrible qui nous inquiètent tous.Nous avons peur pour lui, peur qu’il ne cède à un coup de folie.Il est tellement excessif dans ses propos et dans ses actes.Mère se tient plus que jamais à ses côtés.Elle est merveilleuse de courage [ Pobierz całość w formacie PDF ]