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.Le retour à la case départ du prétendant est une nécessité de la nature.Sitôt arrivé à Rome, je postai une lettre à Clara pour la prévenir de ma déportation.Cette formalité essentielle remplie, il ne me restait plus qu’à rejoindre ma nouvelle école.A l’angle d’une rue sale et bruyante, un bâtiment vétuste à l’architecture incertaine tenait encore debout.Seule la grille de l’entrée, les barreaux des fenêtres et les hauts murs infranchissables avaient l’air d’être en bon état.Vestige d’une époque où éduquer était synonyme d’embastiller, le tristement célèbre lycée Chateaubriand portait bien son nom.Dieu merci, l’instruction nationale du siècle dernier était pauvre ; sinon elle aurait fait construire des miradors aux quatre coins de la cour de récréation.Je pénétrai, la mort dans l’âme, dans l’enceinte de ce charmant établissement.Un papillon me précéda sous la voûte du portail ; je le suivis, intrigué qu’un animal si coloré pût s’aventurer dans un endroit si sombre.Mon futur professeur principal me reçut aimablement dans la cour d’honneur.Lui-même semblait écrasé par l’atmosphère carcérale qui régnait dans ces murs.J’abandonnai mon papillon et le suivis dans son bureau.Plus il me parlait, plus il me semblait l’avoir déjà croisé, sans pouvoir toutefois dire exactement où et dans quelles circonstances ; lorsque tout à coup surgit de ma mémoire l’image d’une représentation théâtrale.Digne frère jumeau de Cyrano de Bergerac, cet homme n’était en effet pas doté d’un nez mais d’un monstrueux appendice nasal qui, tel un radar, semblait faire le guet à l’avant de son visage.Assis devant lui, je me rendis compte, avec effroi, que si un courant d’air venait à le faire éternuer, je serais sans doute balayé par de violentes rafales de crottes de nez.Heureusement, les fenêtres étaient bien fermées.Il m’exposa longuement le contenu de mes programmes scolaires.Sa voix triste et ses yeux mélancoliques me touchèrent.Que sa trompe avait dû être lourde à porter tout au long de sa vie ! Peut-être avait-elle même poussé avant le reste de son visage, défigurant ainsi le charmant petit garçon qu’il aurait dû être.Je l’imaginai à huit ans, assis sur une marche d’escalier, caressant son nez pour se consoler, comme d’autres câlinent leur ours en peluche.Cette scène attendrissante me bouleversa.Je le vis encore, un peu plus vieux, amoureux et maladroit devant une jeune fille, ne sachant comment dissimuler son appendice.Il m’apparut ensuite, jeune homme, faisant rire de sa difformité pour ne pas en pleurer, avec la même drôlerie que mettaient les fous à divertir les rois en se jouant de leur bosse.Puis il avait dû se rendre à l’évidence : personne ne l’aimerait jamais.Perdu dans ma reconstitution de sa cruelle destinée, je n écoutais plus ses paroles que distraitement.— Votre père travaille à Rome ? me demanda-t-il soudain.— Non, répondis-je en sortant de ma rêverie.— Pourquoi êtes-vous venu ici ?— On a préféré m’éloigner… pour que ce ne soit pas trop dur, dis-je en feignant du désarroi.— Que s’est-il passé ?— J’ai perdu ma mère…Je ne mentais d’ailleurs qu’à moitié.Elle était bien morte, même si cela faisait presque dix ans.Mon professeur s’excusa et me dit que papa ne l’avait pas prévenu.Puis il continua à parler, mais à voix basse.Son air compatissant m’alla droit au cœur.Cette situation fausse flattait mon goût du jeu.Après tout j’étais à Rome, loin de Paris.Autant en profiter pour enfiler un nouveau déguisement et me composer un personnage sur mesure qui me permettrait d’esquiver certains désagréments.— Ce n’est pas facile tous les jours…, poursuivis-je.Et puis, quand je pleure, le soir, ça me donne mal à la tête.Après j’ai un mal fou à apprendre mes leçons…— Je t’aiderai, fit-il gentiment.Tu n’auras pas trop de travail.Cette attention me toucha tout particulièrement.Je l’en remerciai chaleureusement et sortis de son bureau.Il était presque cinq heures.Les autres élèves étaient encore en classe mais il était trop tard pour que je reprisse les cours le jour même.J’en profitai pour aller saluer les différentes autorités de mon nouveau pénitencier, et, en bon stratège, je frappai d’abord au carreau de la loge du concierge.II sursauta et, un peu gêné, s’empressa de dissimuler sous une pile de quotidiens communistes la revue pornographique qu’il était en train de feuilleter [ Pobierz całość w formacie PDF ]