[ Pobierz całość w formacie PDF ]
.— Eh bien ! allons-y, dis-je.Elle me sourit d’un air maternel.— Bravo.Voilà un brave petit bonhomme !Si j’avais été un peu moins préoccupé, j’aurais peut-être été froissé de me faire traiter de brave petit bonhomme, mais en cette heure funeste le détail avait bien peu d’importance.— Où est votre épouvantail d’oncle ?— Il est sûrement dans la bibliothèque en ce moment.— Bien ! Alors, j’y vais !Je ne sais pas si quand vous étiez enfant on vous a jamais raconté l’histoire du type dont le chien mangea le manuscrit inestimable du livre qu’il était en train d’écrire.Si vous vous en souvenez, le passage le plus dramatique était quand il regardait l’animal d’un air peiné en disant : « Ah ! Diamond, Diamond, tu – ou peut-être vous – ne sais – ou peut-être ne savez – pas ce que tu – ou peut-être vous – as – ou peut-être avez – fait ! » Je l’avais entendu à la nursery et je m’en étais toujours souvenu.Et j’en parle maintenant parce que c’est ainsi que je regardai Jeeves en quittant la pièce.Je ne prononçai pas vraiment ces mots, mais je crois qu’il comprit ce que je pensais.J’aurais désiré que Stiffy ne dît pas « Taïaut ! Taïaut ! » quand je fermai la porte.Étant donné les circonstances, cela me parut désinvolte et de mauvais goût.CHAPITRE IXIl a été très justement dit, par ceux qui le connaissent le mieux, que Bertram Wooster est doué d’un ressort qui lui permet en général de s’élever sur les degrés de son moi défunt, même dans les circonstances les plus défavorables.Il est rare que je ne puisse relever la tête et sourire à nouveau.Mais en suivant le chemin de la bibliothèque pour accomplir ma funeste tâche, j’admets loyalement que la Vie m’avait bien abattu.C’est d’un pas accablé que je poursuivais ma route.Stiffy avait comparé la présente expédition à une visite chez le dentiste, mais, en arrivant au bout de mon voyage, j’avais plutôt la même sensation qu’aux jours anciens en allant à un rendez-vous avec mon directeur d’école dans son bureau.Je vous ai parlé de la nuit où, m’étant glissé jusqu’au bureau du Révérend Aubrey Upjohn en quête de biscuits, je m’étais trouvé soudain nez à nez avec la personne en question, moi en pyjama rayé, lui en costume de tweed et l’air mauvais.À cette occasion, avant de nous séparer, nous avions pris rendez-vous pour le lendemain à quatre heures et demie au même endroit, et mes émotions étaient maintenant à peu près semblables à celles que j’éprouvais en ce lointain après-midi en frappant à la porte et en entendant une voix à peine humaine me prier d’entrer.L’unique différence était que j’avais trouvé le Révérend Aubrey seul, tandis que Sir Watkyn Bassett semblait avoir des invités.Pendant que je frappais d’un doigt timide à la porte, il me sembla entendre un bruit de voix et, en entrant, je vis que mes oreilles ne m’avaient pas trompé.Le père Bassett était assis à son bureau et le gendarme Eustace Oates se tenait debout à ses côtés.Ce spectacle porta à son comble l’affreuse impression que j’éprouvais.Je ne sais si vous avez déjà été traîné devant un tribunal de justice ; si oui, vous serez entièrement de mon avis quand je dis que le souvenir d’une telle expérience demeure gravé dans la mémoire et fait que, plus tard, la confrontation soudaine avec un magistrat assis et un gendarme debout provoque une association d’idées qui vous donne un choc brutal.Le vieux Bassett me lança un regard rapide et perçant qui ne fit rien pour apaiser mon pouls affolé.— Oui, Monsieur Wooster ?— Eh !… Ah ! pourrais-je vous parler quelques minutes ?— Me parler ?Il était visible que le violent déplaisir d’avoir son bureau envahi de Wooster luttait dans le sein de Sir Watkyn Bassett avec son sens des devoirs envers un invité.Après une lutte serrée, ce dernier eut le dessus…— Mais oui… C’est-à-dire… Si vraiment… Mais certainement… Veuillez prendre un siège !Je le fis et me sentis déjà beaucoup mieux.Au banc des accusés, ils vous obligent à rester debout.Le vieux Bassett, après un rapide coup d’œil vers moi pour s’assurer que je ne volais pas le tapis, se tourna à nouveau vers le gendarme.— Très bien, je crois que ce sera tout, Oates ?— Bien, Sir Watkyn !— Vous comprenez ce que j’attends de vous ?— Oui, Monsieur !— Et pour l’autre question, je m’en occuperai sérieusement, en tenant compte de ce que vous m’avez dit de vos soupçons.Il sera procédé à une enquête des plus rigoureuses.Le gendarme zélé se retira d’un pas pesant.Le père Bassett joua un peu avec les papiers sur son bureau, puis me dévisagea.— C’était le gendarme Oates, Monsieur Wooster.— Oui.— Vous le connaissez ?— Je l’ai vu.— Quand ?— Cet après-midi.— Pas depuis ?— Non.— Vous êtes tout à fait sûr ?— Oh ! tout à fait !— Hum !Il manipula à nouveau les papiers, puis aborda un autre sujet.— Nous avons tous été déçus que vous ne soyez pas avec nous dans le salon après dîner, Monsieur Wooster.Ceci, évidemment, était un peu gênant.Un homme sensible n’aime pas révéler à son hôte qu’il l’évite comme la peste.— Nous vous avons beaucoup regretté.— Oh ! c’est vrai ? Je suis navré.J’avais un peu mal à la tête et je me suis réfugié dans ma chambre.— Je vois.Et vous y êtes resté ?— Oui.— Vous n’êtes pas par hasard allé vous promener un peu pour guérir votre mal de tête ?— Oh non ! Je suis resté enfermé tout le temps.— Je vois.C’est bizarre.Ma fille Madeline me dit qu’elle est allée deux fois dans votre chambre après le dîner, mais qu’il n’y avait personne.— Ah ! Vraiment ? Je n’y étais pas ?— Vous n’y étiez pas !— Alors, je devais être ailleurs.— J’avais pensé la même chose.— Je me souviens maintenant.Il est exact que je suis sorti à deux reprises.— Je vois.Il prit un stylo et, se penchant vers moi, le tapota contre son index gauche.— Quelqu’un a volé le casque du gendarme Oates ce soir, dit-il en changeant de sujet.— Ah oui ?— Oui ! Malheureusement, il n’a pas pu voir le malfaiteur.— Non ?— Non ! Il avait le dos tourné au moment du délit.— Diablement difficile, évidemment, de voir des malfaiteurs si l’on a le dos tourné.— Oui !— Oui !Il y eut une pause.Et comme, bien que nous eussions l’air d’être d’accord sur tous les points, je sentais toujours une certaine tension dans l’air, je tentai de mettre un peu de gaieté avec une vieille blague de l’époque où j’étais in statu pupillari.— On pourrait presque dire quis custodiet ipsos custodes, pas vrai ?— Pardon ?— Une plaisanterie latine, expliquai-je.Quis – qui – custodiet – gardera – ipsos custodes – les gardiens eux-mêmes ? Assez drôle je veux dire, continuai-je, tâchant de rendre la plaisanterie claire pour les esprits les plus bornés, un type qui est censé empêcher les autres de chiper les choses et qui se fait lui-même chiper quelque chose…— Ah oui ! Je vois ce que vous voulez dire.Je conçois qu’un certain type d’esprit puisse trouver un côté humoristique à cette affaire.Mais je vous assure, Monsieur Wooster, que ce n’est pas ce côté-là qui se présente à moi en tant que juge de paix.Je vois la chose sous l’angle le plus grave, et une fois que le coupable sera appréhendé et placé sous ma garde, je ferai tout mon possible pour lui faire partager mon point de vue.Tout ceci ne me plaisait pas du tout.Je fus envahi d’une soudaine inquiétude pour la sécurité de ce vieux Stinker [ Pobierz całość w formacie PDF ]