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.Anna sortit lentement de la voiture et traversa la rue sans se presser, Charles à ses côtés.La statue avait été attaquée à la craie récemment, et les tons rose et vert vifs utilisés ne faisaient que renforcer l’étrangeté de la créature.Des ongles et la ligne des articulations avaient été dessinés sur ses mains.Des fleurs suivaient les contours de l’aile de la Coccinelle, et sur le pare-brise arrière, dont le verre était couvert de ciment, quelqu’un avait écrit « Jeunes Mariés ».Anna sentit que, de tous côtés, on les observait.Au-dessus du troll, dans l’encoche où le pont et le sommet de la colline se rencontraient, trois ou quatre clochards les observaient avec méfiance.Un homme mit de côté le journal qu’il était en train de lire et commença à descendre dans leur direction.Il était un peu plus grand que la moyenne, même s’il se voûtait de façon à paraître plus petit.Il portait un pardessus usé, copieusement couvert de crasse et des Nike dépareillées.La chaussure droite était trouée au niveau du gros orteil, et la gauche était fendue le long de la ligne du talon, révélant un pied sale et sans chaussette.Le jean qu’il portait était neuf et raide, mais aussi crasseux que son imperméable.Anna aperçut brièvement plusieurs couches de vêtements : une surchemise de flanelle rouge par-dessus une chemise écossaise jaune, qui dissimulait presque un tee-shirt blanc tirant sur le gris.Anna remarqua l’homme, mais avec Charles à ses côtés, l’étranger ne représentait pas une menace, et elle était plus intéressée par le troll.Aussi laissa-t-elle Charles s’occuper de lui tandis qu’elle escaladait l’arrière de la Coccinelle et le bras de la créature, puis toujours plus haut jusqu’à poser la main sur le nez de ciment surdimensionné.— Vous aimez mon petit troll, hein ? demanda l’étranger à Charles, d’une voix rauque comme si l’homme avait fumé un paquet de cigarettes par jour depuis des années.Il ne sentait pas la cigarette, pourtant.Son odeur, qui parvenait au nez d’Anna, était celle de la terre et de la magie, une odeur renforcée par le musc du prédateur.— C’était un vrai ? lui demanda Anna, en sécurité sur son perchoir, en sécurité avec Charles.L’étranger leva les yeux vers elle et se mit à rire, dévoilant des dents pointues et noircies, aussi acérées que son odeur.— Eh bien, eh bien.P’têt que l’artiste a vu quequ’chose.Quequ’chose qu’il aurait pas dû voir, la louve.(Il tapota le bras en ciment sur lequel elle se tenait, et elle recula d’un pas, méfiante.) Mais c’est arrivé, il m’a construit un ami, pour qu’on soit tous heureux.Même le Seigneur Gris, là, elle a trouvé ça marrant.M’a même pas fait bien mal pour m’être laissé voir et pas lui avoir dit.Les faes pouvaient cacher leur vraie nature.Ils pouvaient ressembler à n’importe qui.Mais la faim qui brillait dans les yeux de l’homme quand il regarda Anna était aussi ancienne que lui, voire beaucoup plus âgée.Sa louve ne l’aimait pas ; Anna plissa les yeux en le regardant et lui laissa entendre son grondement.Il devait savoir qu’elle n’était pas une proie.Il rit de nouveau, et se donna une claque sur la cuisse de sa main couverte d’une mitaine usée.— Si j’m’oubliais au point de prendre une bouchée… (Il claqua des mâchoires et dans l’obscurité sous le pont Anna vit une étincelle quand elles se heurtèrent.) elle m’avalerait et me donnerait à manger à ces grosses pieuvres qui vivent par ici, ça c’est sûr.(Cette pensée semblait l’amuser.) Même si une bonne bouchée de viande de loup pourrait valoir le coup.— Troll, dit Charles.L’homme s’amusait tellement avec Anna qu’il avait oublié la véritable menace.Rappelé à l’ordre, il sursauta, s’accroupit et se mit à cracher.Charles ôta l’une des boucles en or fin qu’il portait à l’oreille et la jeta au fae, qui la saisit avec des mains d’une rapidité inhumaine.— Prends ton péage et va, l’Ancien, dit Charles.— Hé, Jer, lança une voix inquiète et faible au-dessus d’eux.Les embête pas ou la police nous dégagera d’ici.Tu sais qu’ils le feront.Le troll déguisé en humain leva le morceau d’or jusqu’à son nez et renifla.Un tic agita ses traits, et une étrange lumière bleue tourbillonna dans ses yeux avant que son regard redevienne normal.— Le péage.Le péage.— Jerry ?Pas de souci, Bill, répondit-il à ses… – quoi donc… ses amis ? Ses camarades de chambrée, ses camarades de pont, qui étaient plus humains que lui.Je dis juste bonjour.Il regarda Charles et, pendant un moment, une expression étrangement noble passa sur son visage, son dos se redressa, les épaules rejetées en arrière.D’une voix claire et sans accent il déclara :— Un conseil en échange de votre paiement.Ne faites pas confiance aux faes.Il rit de nouveau, redevenant l’homme qui les avait accueillis au début, et escalada la colline jusque sous le pont.Charles ne dit rien, mais Anna glissa au bas de son perchoir et le suivit jusqu’à la voiture.— Est-ce que les trolls sont vraiment aussi grands que cette statue ? demanda-t-elle en s’attachant.— Je ne sais pas, répondit Charles [ Pobierz całość w formacie PDF ]