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.— Où est-il ? demanda Tante B.— Je l’ai remis à Curran.Il a promis de le garder en sécurité.(Je me levai.) Je vais discuter avec l’arbalétrier de la Morrigan.Andrea, tu veux bien surveiller mes affaires pendant que je fais ma petite danse ?Elle se leva, faisant glisser bruyamment sa chaise.— Tu n’as même pas besoin de demander.— Pourquoi tu ne poserais pas la question à l’arbalétrier ? demanda Raphaël.Je souris.— Parce que c’est un voleur et un menteur.L’oracle des Sorcières est neutre et me dira la vérité.Il y avait, derrière la maison des boudas, un grand champ.Au milieu de ce champ poussait un vieux chêne.Il était massif, ses branches s’étalaient tellement qu’elles touchaient presque le sol.Il projetait une ombre bien sombre sous la lune.Parfait.— Ce n’est pas compliqué.(Je me dirigeai vers le chêne avec un grand bol en céramique et un pichet d’eau.) Je vais exécuter une danse bizarre.Si tout se passe bien, je devrais disparaître.— Qu’est-ce que tu veux dire, disparaître ?Andrea me suivait et Raphaël suivait Andrea.— Je vais entrer dans la brume.Un Appel est un très vieux sort.Il est utilisé par les sorcières pour trouver leur familier.Normalement, on fait ça dans les bois.La sorcière danse et sa magie attire l’animal le plus compatible avec elle.Il y a des variantes.Certains sorts sont conçus pour attirer un homme mais, selon mon expérience, il n’y a rien de bon à en espérer.Certains conduisent le lanceur de sort à une personne spécifique.Ça ne fonctionne pas avec un humain « normal » sinon je serais déjà aux côtés de Julie, mais Bran est tellement saturé de magie qu’il devrait m’attirer à lui.J’ouvris mon gilet en cuir et le déposai sous le chêne.Puis je détachai le fourreau de Slayer et le tendis à Andrea.Mes bottines et mes chaussettes rejoignirent le cuir.En principe, la danse fonctionnait mieux pour un sujet nu, mais je n’avais pas envie de danser à poil jusque dans les bras du Chien de la Morrigan.J’étais sûre qu’il serait ravi de me voir débouler en tenue d’Ève.Je me redressai, les pieds dans l’herbe fraîche et luisante, et pris une profonde inspiration.Je savais comment procéder pour un Appel.Quelqu’un me l’avait enseigné très longtemps auparavant, tellement longtemps que je ne me souvenais ni qui ni quand.Si j’avais été témoin d’un ou deux Appels, je ne l’avais jamais pratiqué moi-même.Andrea s’assit dans l’herbe.Raphaël atterrit à côté d’elle.Je versai de l’eau dans le bol, détachai ma ceinture et saupoudrai l’eau d’herbes que je trouvai dans ses compartiments : fougère et sorbier pour la clairvoyance, une pincée d’armoise pour minimiser les interférences, un peu de chêne pour la référence masculine.Je n’avais pas été très minutieuse en râpant le chêne, quelques morceaux de feuille flottaient sur la mixture.Je n’avais pas mon rouet mais, quelques semaines auparavant, j’avais trouvé un très beau bâton de frêne et je l’avais immédiatement abîmé en y creusant des copeaux que j’avais rangés dans ma ceinture.Le frêne était l’un des meilleurs bois pour maintenir un enchantement.Je fis tomber un des copeaux dans l’eau et murmurai l’incantation.Le rouet de fortune frissonna.Il trembla comme une mouche de pêche quand le poisson grignote l’appât et se mit à tourner, d’abord lentement puis de plus en plus vite.— Ça sert à quoi ?— Ça sert de connexion entre les herbes et la magie.(Je retirai ma dague de lancer et la lui tendis.) Si quelque chose déconne, laisse tomber la dague dans le bol.N’essaie pas de renverser le bol ou d’en retirer le rouet.— Comment je sais que quelque chose déconne ?— Je commencerai de hurler.Je retirai le bracelet de force que je portais au bras gauche, plus d’aiguilles d’argent.L’autre couteau de lancer, les trois couteaux dent de requin, le kit-r…Raphaël leva les sourcils.— Combien de matos transportes-tu ?Je haussai les épaules.— Je crois que c’est tout.Je fis un pas dans l’ombre du chêne.Je ne portais plus que mon tee-shirt et mon pantalon, pas de ceinture, pas de sabre, pas de couteaux.Je n’avais que le kit de prise de sang et le carré tricoté de cheveux et d’orties.J’imaginai un large cercle dans l’ombre de l’arbre et laissai tomber le tricot au centre.Je retournai au bord du cercle imaginaire et commençai à danser.Pas à pas, je fis le tour du cercle, pliant mon corps, suivant la danse à la moitié du second tour, une ligne tendue de magie s’échappa du petit carré tricoté et s’accrocha à moi.Elle glissa de ma tête à mes pieds, se divisant en plus petits courants là où ma peau touchait la terre, comme si j’étais devenue un arbre.Elle me poussait et me tirait.Vaguement, je vis les boudas se rassembler dans l’ombre, attirés vers moi comme des papillons vers la flamme.Ils me regardaient de leurs yeux rouges, oscillant doucement avec la musique silencieuse de ma danse.Puis je l’entendis, une simple mélodie distante.Elle devenait plus forte à chaque seconde, déchirant le cœur, triste mais sauvage, pure mais imparfaite.Elle m’attrapa et se fraya un chemin dans ma poitrine, emplissant mon cœur de ce que mon père russe appelait « toska », un désir si intense et si douloureux qu’il me rendait physiquement malade.Elle affaiblit mes genoux et sapa ma volonté jusqu’à ce que seule la mélancolie m’emplisse, quelque chose me manquait, j’ignorais quoi mais je savais que cela me manquait au point de ne plus pouvoir respirer sans.Je dansai et dansai et dansai.Les boudas « enchantés » disparurent.La brume naquit et tourbillonna avec moi.Un chien sombre trotta à mes côtés dans l’obscurité.Lentement, le brouillard s’affaiblit.A travers son opacité, je vis une douce lueur jaune qui m’appelait.Mes pieds tâtèrent une herbe mouillée et des cailloux.J’entendis des éclaboussures et les éclats du bois qui brûle dans le feu.Une fumée âcre, salée, m’appelait.Quelques pas de plus et je me trouvai au bord d’un lac.Il était noir, luisant et placide dans la lumière de la lune, comme la surface d’une pièce trempée dans le goudron.Un petit feu brûlait dans un creuset de pierre près de l’eau [ Pobierz całość w formacie PDF ]