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.Chez les Carasco, ce fut la Maria qui vint.Elle prépara le lit, soigneusement, agitant ses longs bras secs et musclés, habitués à la tâche, pliant en quatre des draps usés, mais bien propres, et les plaçant les uns sur les autres à plat en prenant garde qu’il n’y eût pas de bourrelets.Elle installa alors Frasquita et commença à lui masser le ventre en l’exhortant à crier pendant les contractions.« Vas-y ! il faut que tout le village t’entende, ma belle, que tu hurles plus fort que ta voisine le mois passé.Plus de bruit tu feras, plus le petit viendra vite et plus il sera vigoureux ! » lui affirma-t-elle avec autorité.Rassurée par cette petite femme maigre, aux mouvements précis, qui connaissait son affaire, comme portée par elle, Frasquita obéit.Elle lâcha des cris plus effrayants que ceux d’un cochon qu’on égorge, pendant que la Maria lui malaxait le ventre et que des voisines essuyaient son visage écarlate.Après plusieurs heures de souffrances, alors que Frasquita n’avait pratiquement plus de voix, la femme qui aide lui dit qu’il était temps d’y aller.« Il ne veut pas descendre, le petit, il va falloir le sortir de là ! »Elle prit un drap, qu’elle tordit comme une corde, et désigna deux femmes.« Vous deux, venez là ! Vous êtes bien costaudes, vous allez pouvoir vous rendre utiles ! Prenez chacune une extrémité de ce drap et mettez-vous de chaque côté du lit.À mon signal, vous tendrez le drap et vous l’appuierez de toutes vos forces sur le ventre de Frasquita en le faisant glisser de haut en bas.Toi, ma fille, dès que tu sens qu’une contraction arrive, tu me fais signe, tu respires, tu bloques et tu pousses ! Tu m’entends ? Maintenant, il ne faut plus crier, de toute façon, tu n’as plus de voix, il faut pousser ! Allez ! »Durant dix minutes, Frasquita poussa tant qu’elle put, puis, un instant, elle renonça :« Je n’en peux plus, je n’y arrive pas, j’abandonne ! »La Maria la regarda sans surprise, mais avec autorité.« Mais comment veux-tu abandonner, bougre d’andouille ? Il faut bien te le sortir du corps, ce petit, et personne ne peut le faire à ta place ! Allez, pousse encore une fois ou deux et tu auras un beau bébé à cajoler ! Tout ça, c’est rien que du bonheur, tu verras.»Frasquita se ressaisit et poussa si fort que tous les petits vaisseaux de son visage explosèrent, constellant sa peau de minuscules taches rouges.Enfin, l’enfant parut et le public de la naissance décampa en hurlant.La Maria s’empara de la tête, la tourna comme pour la dévisser, demanda un dernier effort à Frasquita et dégagea tout le corps porté par les flots.Elle coupa le cordon d’argent qui ancrait encore l’enfant violette à la mère noyée dans la blancheur et l’écarlate des draps.La femme qui aide agissait à voix haute.« C’est une braillarde, elle aura pas la langue dans sa poche ! Je trempe le fil de lin dans la goutte, je coupe la corde et je l’attache avec un double nœud.Je l’amarre bien de ce côté des portes, qu’elle y reste ! Elle est bien propre, c’est bon signe ! Comment que tu vas la nommer ?— Ana, comme la mère Carasco ! dit Frasquita.— Bien.Alors, Anita, je te trempe dans le baquet d’eau chaude pour t’enlever tout ce que tu rapportes avec toi de l’au-delà.Te voilà faite ! C’est pas tout ça, mais comme il n’y en a pas une pour m’aider, il faut que je m’occupe de vous deux à la fois.Parce que c’est pas fini, ma belle, il faut guetter la délivrance et emmailloter l’enfant.Ça vient du chaud ces petites choses et ça prend le froid comme un rien ! On a pas fait tout ça pour rien, hein ? Tiens, garde-la contre toi dans la couverture pendant que je finis ton affaire.Alors, elle n’est pas belle ? »L’accoucheuse s’affaira de nouveau au pied du lit, demanda à Frasquita de pousser encore et le délivre tomba bruyamment dans le seau qu’on avait préparé [ Pobierz całość w formacie PDF ]