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.Bowen reporta son attention sur Kara et reçut de plein fouet son regard douloureux.Il l'empoigna par les épaules:-Même si tu parvenais à lever ton armée de gueux, quelles chances auraient-ils contre des troupes aguerries? La dernière tentative s'est soldée par un massacre.Je m'en souviens, j'y étais.-Vous m'avez épargnée ce jour-là!Sa voix avait retrouvé sa fermeté et son regard son assurance.-Avec vous, reprit-elle en serrant fébrilement la tunique de Bowen, il en irait tout autrement.-Pauvre innocente.Ton rêve t'aveugle au point de te cacher la sinistre vérité.Son regard attristé scrutait sa beauté altière avec une mélancolie avide.Troublée par cet examen, Kara se libéra de son étreinte:-Que regardez-vous ainsi?-Je retrouve en toi ce que j'étais autrefois.Toi aussi, tu finiras par comprendre.-Que Dieu m'épargne de perdre aussi mon âme!Ses yeux lançaient des éclairs quand elle lui tourna le dos et dévala la pente en direction d'un bouquet d'arbres couronnés de brume.-Kara, où vas-tu? C'est dangereux! fit la voix grave de Draco.Les yeux du dragon brillaient d'un éclat surnaturel sous ses paupières à demi relevées.Kara s'arrêta net et éclata d'un rire désenchanté:-Tant qu'Einon sévira, je ne serai nulle part en sécurité.Ni moi ni personne.Se pourrait-il que toi, au moins, tu sois sensible à mes arguments?Une note d'espoir perçait sous ses sarcasmes, peut-être encouragée par l'étincelle que ses paroles avaient allumée dans les grands yeux si expressifs de Draco.Bowen n'avait pu que constater le changement survenu chez le dragon, et il n'aimait pas cela.-Vraiment? demanda-t-il.Serait-ce que tu as surmonté ta peur de la mort?Kara attendit sa réponse dans un silence tendu.-Non.Le dragon parut se ratatiner sous le regard implacable de Kara; Bowen en fut navré pour lui.-Je ne peux rien pour toi.Moi vivant, Einon ne mourra pas, marmonna Draco.Kara lui tourna le dos et se remit en marche.Elle n'était plus qu'une silhouette quand Bowen lui cria:-Reviens, espèce de sotte! C'est trop risqué! D'ici à deux jours, tu seras dans le lit d'Einon ou pendue à son gibet.Que feras-tu sans nous?«.Sans nous.nous.»Le temps que l'écho se taise, Kara s'était déjà enfoncée sous les arbres.La brume leur apporta néanmoins sa réponse:-M'efforcer de changer ce monde infect.OÙ IL EST QUESTION DE MORALE ET DE MOUSTIQUESBowen essuya la sueur qui coulait dans ses yeux puis il écrasa un moustique, les yeux fixés sur le sac où de longs doigts crasseux glissaient leurs modestes oboles - couverts grossiers, perles de verroterie, anneau d'étain, menue monnaie -, suivant un pitoyable rituel.Bowen lui-même se sentait piteux.Il écrasa un autre moustique sur son cou, fronçant le nez à cause de l'odeur des poissons séchant sur des filets en bordure du marais.Tout ici respirait la misère, jusqu'aux villageois - un ramassis de géants hâves et dépenaillés, aux yeux hallucinés.Nul seigneur ne régnait sur cette étuve infestée d'insectes.En son for intérieur, Bowen maudissait Kara d'avoir réveillé sa mauvaise conscience.Mais, d'ici à quelques jours, celle-ci serait rendormie et il aurait tôt fait d'oublier cette scène pénible.L'odeur de fumée l'emportait encore sur celle du poisson pourri.Elle provenait des deux barques embrasées qui dérivaient au fil de l'eau.Une broutille, mais Draco avait refusé de causer davantage de dégâts.Toutefois, sa petite démonstration avait suffi à faire monter les enchères.Le chef du village, un géant décharné, s'avança pour remettre son salaire à Bowen.À l'intérieur du sac, le maigre trésor faisait entendre des raclements très éloignés du tintement joyeux des espèces trébuchantes.Bowen attendait, sachant qu'il était trop tard pour se défiler et couper court à la mascarade qui l'attendait.Tout en balançant le sac à bout de bras, le chef levait des regards furtifs vers le dragon qui décrivait au-dessus du marais des cercles à la fois menaçants et paresseux.-Attendez!Kara se fraya un passage jusqu'au premier rang de la foule, pointant un index accusateur vers Bowen:-Cet homme est un imposteur!Le chef éloigna vivement le sac de Bowen tandis qu'un sourire de triomphe étirait les lèvres de Kara.D'une claque féroce, Bowen pulvérisa un moustique posé sur sa joue, regrettant de ne pouvoir en faire autant de la jeune fille.-Et ça, c'est de l'imposture?Ayant décroché son bouclier orné de griffes de sa selle, il le fourra sous le nez en bec de corbeau du chef [ Pobierz całość w formacie PDF ]