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.Le lendemain matin, la tête encore plus embrumée que d’ordinaire, Edmund alla seul au Forum.Il s’assit sur une colonne abattue.Le Forum était une prairie jonchée de ruines.Il regarda les charrettes à foin traverser lentement l’espace dégagé, les animaux qui paissaient parmi les pierres couvertes de lichen.Le soleil levant chassait les dernières écharpes de brume matinale, et malgré un léger mal de tête, il éprouva une étrange sérénité.C’était une scène de ruines, certes, et il y avait quelque chose de poignant dans le fait de voir les huttes délabrées des charpentiers érigées sur le rostrum, la tribune aux harangues où Cicéron s’était jadis dressé.Mais cet endroit était profondément paisible, comme si le présent avait réussi, d’une façon ou d’une autre, à faire la paix avec le passé.Dans un coin de l’ancien espace, une rangée de poêles à charbon avaient été installés, et il sentait l’odeur aigre du chou et des tripes.Il se leva, plus par désœuvrement qu’autre chose, épousseta son pantalon et alla voir ça de plus près.Il y avait bien des endroits dans Rome où on faisait la cuisine en plein air.Certains de ces établissements étaient grandioses, et Edmund avait eu l’occasion d’y déjeuner tout à fait correctement de salade, de poisson poché, de fromage et de fruits, repas couronné par de la crème glacée, mets dont les Romains semblaient obsédés.Mais les femmes qui faisaient cuire ces choux avaient visiblement des ambitions culinaires plus modestes, et les « clients » qui se massaient autour des poêles étaient les plus pauvres des pauvres.Au départ, il pensa que ces cuisinières devaient être des religieuses, parce qu’elles étaient vêtues de robes blanches on ne peut plus simples, avec une ganse pourpre.Mais elles ne portaient ni guimpe ni cornette, et il vit qu’elles étaient toutes jeunes, assez semblables, presque comme des sœurs, et très pâles sous leur maquillage aussi épais que celui des actrices de théâtre.C’est alors qu’il vit Minerva.Elle faisait partie des femmes qui servaient.Sa beauté lui coupa tout bonnement le souffle.Son visage, petit et en forme de losange, était symétrique, son nez droit et net, sa bouche pleine, aussi rouge que des cerises, et elle avait les yeux gris comme des fenêtres, un jour où le ciel aurait été couvert.Elle était comme ses compagnes, mais chez elle, la combinaison des traits avait produit un résultat stupéfiant.Une sorte de donne parfaite dans un jeu de cartes.Il aurait pu l’observer toute la journée, tellement il était captivé par sa simple élégance.À un moment, comme elle faisait le tour du poêle, la lumière du soleil éclaira sa robe par-derrière, et il entrevit sa silhouette qui…Quelqu’un lui parla, le faisant retomber sur terre.L’une des cuisinières était devant lui – comme cette beauté, certes, pas déplaisante, mais en moins jeune, et elle avait un visage plus morne.Sa bouche avait tout de même un retroussis amusé.Il bredouilla en anglais :— Pardon ?— Je vous ai demandé si vous aviez faim, répondit-elle doucement, en italien.Vous avez sans doute été attiré par l’odeur…— Je… Ah, non.Je veux dire, non, merci.C’est juste que…— Monsieur, nous avons du travail, ici, dit-elle assez gentiment.Un travail important – vital pour ceux que nous servons.J’ai peur que vous ne nous distrayiez.Et il vit qu’elle l’avait bel et bien remarqué.Elle répondit à son regard par des petits coups d’œil nerveux, en douce, et se détourna.La femme plus âgée dit sèchement :— Oui, elle est belle.C’est comme ça.— Comment s’appelle-t-elle ?— Minerva.Mais elle n’est pas au menu, j’en ai peur.Maintenant, si vous voulez bien m’excuser…Elle se détourna avec un dernier regard, pas méchant, et se remit à son travail auprès des fourneaux.Edmund ne pouvait tout simplement pas rester planté là.Et puis, certains des miséreux commençaient à le regarder en montrant les dents.Il s’éloigna à la recherche d’un endroit où s’asseoir pour regarder les femmes s’affairer.Peut-être trouverait-il, plus tard, une occasion de parler à la fille.Il constata avec un choc, en se retournant, qu’elles étaient parties, avec leurs fourneaux et tout le fourniment, comme si elles n’avaient jamais existé.Les pauvres se dispersaient, certains pâturant encore leur part de choux et de tripes.Il revint sur ses pas en courant, prit l’un des hommes par l’épaule et le lâcha aussitôt en sentant la crasse graisseuse sous la paume de sa main.— Monsieur, s’il vous plaît… ces femmes, là…C’était un homme à qui il était impossible de donner un âge, tellement son visage était encroûté de crasse.Des bouts de chou étaient agglutinés dans sa barbe hirsute.Il ne voulut rien dire tant qu’Edmund ne lui eut pas donné quelques pièces.— Les Vierges ? Oui.— D’où viennent-elles ? Où vont-elles ? Comment puis-je les retrouver ?— Qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Je suis ici pour le chou, pas pour répondre à des questions.Enfin… Demain, elles seront au Colisée.C’est ce qu’elles ont dit.Ce soir-là, Edmund était extraordinairement nerveux.Il fit le circuit habituel des piazzas et des tavernes en compagnie de James, mais cela ne réussit pas à le distraire.Et ça ne l’aida guère d’entendre un aubergiste de la rotonde marmonner que les gentlemen anglais qui faisaient le « Grand Tour » étaient notoirement des « milordi pelabili clienti », des clients faciles.À plumer.Pour Edmund, la nuit ne fut qu’une parenthèse en attendant de partir à la recherche de Minerva parmi les poêles et les choux.Quelque chose, au fond de lui-même, le mettait en garde contre sa stupidité, mais s’il était déjà tombé amoureux, jamais il n’avait éprouvé des sentiments comparables au désir monstrueux qui l’avait envahi quand son regard était tombé sur le visage parfait de Minerva, et l’ombre pâle de son corps mince.Le lendemain, bien avant la mi-journée, il se précipita au Colisée.On entrait dans le grand cratère de marbre et de pierre, avec ses cercles muets de sièges, en traversant un ermitage.Les arcades où les sénateurs passaient jadis abritaient des huttes de boue et de briques récupérées, et sur le sol de l’arène, des arbres avaient poussé, qui étaient grands maintenant, et des animaux paissaient.Il n’y avait pas de poêles à charbon, pas de femmes en robe blanche [ Pobierz całość w formacie PDF ]