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.Jourdain faisait de la prose.Il fit de la gymnastique dans son lit, à l’insu de sa garde et de son chirurgien.Était-ce dangereux ? Peut-être.Néanmoins cela réussit.En tout cas, c’était difficile, car le propre de la gymnastique est de progresser dans le mouvement, et Roland était surveillé de près.Heureusement, pour lui, la Davot, reconnaissante ou avide de gain, ou poussée par ces deux mobiles réunis, prit une grande résolution.Jusqu’alors, elle avait eu six heures de repos chaque jour, et pendant ce temps une sœur converse relevait sa faction.La Davot, sous prétexte de surveillance plus étroite, supprima les vacances et se fit fort de ne plus perdre de vue le blessé un seul instant.Il en résulta pour elle huit heures de bon sommeil sur vingt-quatre, malgré les innombrables tasses de café fort, prises expressément pour combattre Morphée.Elle se disait, car les excuses ne manquent jamais : « Je choisis pour dormir "quelques minutes" l’instant où il est profondément assoupi.»Mais c’était, en réalité, Roland qui choisissait.Il jouait le sommeil quand la Davot veillait.Dès qu’elle fermait l’œil, la gymnastique allait son train.Ce furent d’abord des mouvements imperceptibles, des efforts sourds combinés de façon à ne pas intéresser la plaie non encore fermée.Une nuit que la Davot ronflait, pleine de café, il se leva sur son séant, plus pâle qu’un mort, car cet excès le brisait.Oh ! certes, quand elle s’éveillait, il dormait bien ! Il dormait comme un chasseur qui a fait douze lieues dans ses guêtres mouillées ; il dormait comme un soldat au lendemain d’une triple étape ; il dormait de fatigue !Le parloir était grand.On y avait installé un poêle et un vaste paravent qui défendait le lit du blessé contre l’air de la porte d’entrée.La Davot se tenait dans un grand vieux fauteuil que la mère Françoise d’Assise avait fait acheter pour elle ; ce fauteuil avait place à droite du lit, auprès de la table qui supportait les médicaments.Le paravent était dressé de l’autre côté du lit.Le dix-neuvième jour après son entrée au couvent, à quatre heures du matin, Roland, pendant que la Davot ronflait rêvant qu’elle veillait, parvint à se glisser hors du lit et passa derrière le paravent.Bon endroit pour faire de la gymnastique ! mais, une fois, là, le pauvre garçon ne sut que grelotter, pantelant sur la dalle froide.Il risquait sa vie, très certainement ; il le savait bien ; à son sens, il risquait même davantage, car, si la garde se fût éveillée à ce moment, tout était perdu.La garde ne s’éveilla pas.Roland dépensa une demi-heure d’efforts intelligents et patients à regagner son lit, où il put rentrer à grande peine.Il avait gagné un fort accès de fièvre et la certitude d’être bientôt capable de fuir, si une occasion se présentait.Nous devons faire remarquer toute l’importance de ce si.Les fenêtres du parloir étaient grillées ; la porte donnait sur le vestibule, servant provisoirement de parloir.Pour gagner le dehors, il fallait franchir une claire-voie, passer devant la conciergerie et obtenir l’ouverture de la porte cochère.Roland, il est vrai, ignorait tout cela.Les êtres lui étaient totalement inconnus, puisque son entrée au couvent avait eu lieu pendant qu’il était évanoui, mais restait un dernier obstacle dont il pouvait se rendre compte et qui semblait bien autrement insurmontable : on l’avait apporté au couvent, trois semaines auparavant, avec son costume de carnaval, lequel costume lui-même, taché de sang, troué par le poignard, restait, depuis lors, entre les mains de la justice.Dans toute la maison, il n’existait pas un seul vêtement d’homme.Roland n’avait pas d’argent.Son rôle de muet lui enlevait tout moyen d’intercéder ou de séduire.À quoi lui servait sa pauvre gymnastique ?Chapitre 13Dernière leçon de gymnastiqueLe mercredi, vingt-deuxième jour après son arrivée à la maison des dames de Bon-Secours, Roland parvint à marcher derrière son paravent.Il fit plus de cinquante pas en se tenant à la muraille et regagna sa couche sans éveiller l’attention de la Davot.Celle-ci en était arrivée à croire qu’elle avait trouvé le moyen de vivre sans dormir.– Je ferme les yeux, disait-elle, mais je ne perds jamais connaissance.Je l’entends respirer.C’est le café et l’envie de faire mon devoir.On s’habitue à tout [ Pobierz całość w formacie PDF ]