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.Face à la Grande Église qui tend à s’imposer, ils forment une petite Église isolée et fragile.Mais cette vulnérabilité n’empêche pas une importante diversité doctrinale : cette petite Église n’est en rien plus monolithique que la Grande !Des judéo-chrétiens tiraillésentre l’Église et la SynagogueRéfugiés à Pella dès avant la chute du temple (70), les judéo-chrétiens vont voir leur condition se dégrader et devenir de plus en plus délicate.Pris en tenailles entre la Synagogue – que Jésus lui-même fréquentait – et l’Église naissante, ils ne savent trop comment se situer.Les juifs pharisiens manifestent une forte virulence à leur encontre.C’est ce que montre une prière synagogale qui était récitée quotidiennement : la Bénédiction des hérétiques (Birkat ha-Minim), qui est en réalité une véritable malédiction ! « Que les nosrim [nazaréens] et les minim [hérétiques] disparaissent en un clin d’œil, qu’ils soient effacés du Livre des vivants et ne soient pas inscrits avec les justes ; béni sois-Tu, Seigneur, qui soumets les impudents ! »Malmenés par les pharisiens, les judéo-chrétiens ne sont pas mieux traités par les chrétiens d’origine païenne.De nombreux écrits montrent combien les relations entre chrétiens et juifs sont devenues délétères, à commencer par l’Évangile de Jean1 qui les vilipende à tout bout de champ et les accuse de tous les maux – d’aucuns ont vu en ce livre une des premières sources de l’antijudaïsme chrétien.Et que dire du Dialogue avec Tryphon, composé dans les années 150 par Justin de Neapolis qui se gausse ouvertement du rabbin Tryphon, l’accusant de ne rien comprendre à sa propre religion ? On pourrait multiplier les exemples à l’envi.Certes, ce sont les juifs pharisiens qui sont alors directement visés, pas les judéo-chrétiens.Mais la polémique est si forte que la tentation a dû être grande de « jeter le bébé avec l’eau du bain » ! Qui plus est, les pagano-chrétiens ne comprennent pas leur obstination à vouloir continuer à respecter les observances juives : « Il est absurde de parler de Jésus-Christ et de judaïser, car ce n’est pas le christianisme qui a cru au judaïsme, mais le judaïsme au christianisme2 », lance Ignace d’Antioche.Dans un tel contexte, l’isolement guette les chrétiens d’origine juive, et ce d’autant plus qu’ils ne parviennent pas à s’accorder sur la vision qu’ils ont de Jésus.Les nazaréens : Jésus à la fois humain et divinParmi les judéo-chrétiens, ceux qui se rapprochent le plus de la doctrine élaborée progressivement par l’Église dite « des gentils » sont assurément les nazaréens.Ils reconnaissent en effet sans problème tant l’humanité que la divinité de Jésus.Mais ils sont réticents à se rallier aux chrétiens d’origine païenne – qu’ils acceptent néanmoins dans leurs rangs à condition qu’ils se plient à leurs coutumes – en raison de leur attachement viscéral aux rituels mosaïques : shabbat, fêtes juives, circoncision, tout en refusant par contre les sacrifices sanglants et la consommation de viande.Un attachement qu’ils justifient par les paroles prononcées en Matthieu 5, 17-19 : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.Car je vous le dis, en vérité : avant que passent le ciel et la terre, pas un iota, pas un point sur l’i ne passera de la Loi que tout ne soit accompli.Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, et enseignera aux autres de faire de même, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux ; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux », avait dit Jésus.Les nazaréens se perçoivent comme les descendants des premiers disciples de Jésus – dont ils perpétuent le surnom – et de l’Église de Jérusalem.Ils lisent les Écritures juives en hébreu, ainsi que les écrits chrétiens, et disposent en outre de leur propre Évangile, dit « des Hébreux », rédigé en araméen – dont seuls quelques fragments sont parvenus jusqu’à nous.Encore établis au ive siècle à Bérée, (aujourd’hui Alep), en Syrie, près de Pella, en Décapole, ainsi qu’à Kokhab, en Basanitide (sud-ouest de Damas), les nazaréens disparaissent ensuite progressivement sans que l’on sache au juste ce qu’ils sont devenus…Les ébionites : Jésus, fils de Josephet non de DieuSi les nazaréens, dans leur christologie, se montrent proches des chrétiens de la Grande Église, il n’en va pas de même d’un autre groupe judéo-chrétien, celui des ébionites.Leur nom vient de l’hébreu ebyônim qui signifie « les pauvres » : leurs membres se distinguent effectivement par un ascétisme marqué, célébrant l’eucharistie une fois par an avec du pain non levé et de l’eau – le vin est banni –, et excluant toute viande de leur régime alimentaire.Toutefois, sur le plan sexuel, ils condamnent l’abstinence et la virginité et invitent tout à chacun à se marier [ Pobierz całość w formacie PDF ]