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.Il rentra avec une petite marmite de fonte qu'il tenait par les oreilles, repoussa de la fesse le battant de la fenêtre et invita Gilbert :— Vas-y ! Soulève le couvercle ! Regarde ! Ah !.Ça te la coupe, hein ? Tu vois : deux médaillons de lotte en sauce ! Pas un, deux ! Tu crois que ma frangine m'aurait donné ça si je ne lui avais pas dit que j'étais ici, à la maison, avec toi ce soir ?— Oh ! Avec moi.— Oui, avec un copain, quoi.Avec mon copain.Ça te montre pas qu'elle a compris la situation, ces deux médaillons d'amoureux ?.Gilbert, décidément fragile, eut encore les larmes aux yeux.Il balbutia :— Titi, excuse-moi, je.Je me fais des idées, j'aitellement l'impression d'être un passager clandestindans ta vie.Et Titi s'approcha, les bras ouverts, une moue de doux reproche sur ses lèvres ironiques.La cocotte en fonte venait d'être oubliée sur le coin de la table.Thibaut passait sous le pull de Gilbert des mains frigorifiées.— Alors, t'es rassuré ? C'est une pièce à convie-tion, non, le bon miam-miam de la Sissi ? Tu me réchauffes, mon Gigi ?Et F autre, amusé, chatouillé, retourné malgré lui, cherchait à résister encore, à sauver une méfiance qu'il savait salutaire, cédait déjà à la facile tendresse, au confortable abandon.Le téléphone sonna.Thibaut eut un mouvement de recul, il s'apprêtait à dénouer l'étreinte chaude dont il avait muselé son compagnon.Gilbert le retint :— Laisse !Au bout de trois sonneries, le répondeur se mit en marche ; et une voix féminime succéda à l'annonce ; « Titi, c'est Sissi ! J'ai oublié de te dire : à tout petit feu, les médaillons.Et surtout pas de micro-ondes ! Alors bon appétit ! Et joyeux Noël ! Et bises à ta copine.Et tu sais qu'elle est la bienvenue à la maison ! »* * *— Non, dit Gilbert.Non.Ce n'est pas ça.Ce n'estpas ton bobard à ta sœur qui me tracasse.De toutefaçon, je m'en doutais.Je sais bien que ce n'estpas facile.Moi, bien sûr, sans parents ni famille, jen'ai pas le même problème.Encore que.J'ai desconnaissances, des collègues.Et justement.Justement, ce qui m'embête, c'est qu'il vient de m'arri-ver un truc.Oui, à la poste.C'est pour ça que tu metrouves bizarre depuis tout à l'heure.Aujourd'hui,oui.Je t'ai parlé de Gisèle Menu ? Je t'ai dit qu'elleme cherchait ? Non ? Je ne te l'ai jamais dit ? Il fautreconnaître que je n'y fais pas très attention.Enfin, elle me tournait autour depuis un moment.Moi, je t'assure, je ne l'encourageais pas.Non, je ne la décourageais pas non plus, il n'y a qu'un truc qui aurait pu la décourager, c'est que je lui balance : « Arrêtez votre cirque, Gisèle, vos effets de coiffure et de bas dont vous vous débrouillez toujours pour me montrer la lisière, j'ai très bien vu, mais ça me fait rien, parce que je suis pédé.» Et non ça, je ne l'ai pas dit ! Je travaille à la Poste, tu vois, la Poste centrale.Pas la peine d'aller m'attirer des regards par en dessous, des allusions grossières, des réflexions, et peut-être des ennuis plus graves.Oui, mon vieux.Moi je n'ai pas de Sissi, Juju, Toto et tutti, mais j'ai pas envie qu'on raconte que je suis une tata.Donc, la Gisèle, elle s'est débrouillée pour rester toute seule ce soir avec moi.Ces fameux courriers qu'on devait boucler.Oui, tu m'as déjà dit ce que tu en penses.Nous voilà dans le bureau, en tête à tête, à gratter nos dernières bafouilles, dans le clignotement des guirlandes du sapin.Oui je sais, à gerber ! Et tout à trac, elle s'arrête d'écrire, me regarde avec des yeux étranges, et me sort : « C'est vrai, ce qu'on dit, Gilbert, que vous vivez tout seul avec un garçon ? » Tu imagines ma gueule ? Et puis elle ajoute : « Je ne sais pas quel âge il a, mais ça ne doit pas être drôle, sans maman.Alors, en faisant mes courses, j'ai pensé !.Oh ! Trois fois rien !.Si des fois vous étiez seul avec lui ce soir, ou en panne d'idées, ou de courage, enfin, et même si vous êtes invités quelque part, ça ne sera pas perdu.» Et la voilà qui file dans le vestiaire, et me rapporte un plein cabas de victuailles, et de la bûche, et du civet, et desescargots.Et même une bouteille.J'étais sidéré.Elle, elle répétait : « Non, non, ne me remerciez pas, c'est rien ! Rien du tout ! Ça me fait tellement plaisir, de vous faire plaisir ! » Et.Non, tu penses, je n'ai pas eu le temps de lui raconter ma vie, elle est arrivée sur mon bureau à la vitesse d'une balle, j'ai rien vu venir ! Si, sur mon bureau.Assise, devant moi, elle m'a dit : « Pas de merci, juste ça.Juste ça.J'en rêve ! » Elle avait éteint la lumière en passant, et le sapin clignotait toujours.J'apercevais en pointillé sa culotte, parce qu'elle écartait les jambes, moi j'étais toujours sur ma chaise, tu mords le topo ? Elle a capté la direction de mon regard, je devais faire un œil de merlan, mais l'œil, elle ne Fa pas vu.Seulement que je restais piégé en face de son triangle.Elle a cru que le spectacle m'agréait, et que j'étais partant pour un petit coup vite fait au comptoir.Elle m'a dit : « Je l'enlève ? » et elle a commencé à se tortiller pour se débarrasser de sa dentelle rose.Mais qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Je ne pouvais pas lui dire : « Remballez tout, le civet et le reste, la biche, c'est pas pour moi, j'ai rien d'un cerf et d'ailleurs je ne bande pas.» C'était Noël, quand même.Si, bien sûr, ça compte.On n'a pas le droit d'humilier, d'attrister, de décevoir un soir de Noël ! C'est comme ça que je les vois, moi, les choses.Pas le droit de mentir.Si, justement, c'aurait été un mensonge, parce que je commençais à bander.Un peu.Juste un peu.Tu sais, quand tu sens un vague mouvement, un peu reptilien, une vague lourdeur, avec cette impression que t'es mal dans ton slip ! Je me suis dit : « Non, c'est pas le fond de culotte rose de Gisèle Menu qui me fout la gaule, quand même ?» J'ai pensé quec'était le choc.Oui, parce que tu sais, parfois, les émotions, les peurs [ Pobierz całość w formacie PDF ]