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.Tout ce pauvre monde de misère, après le jugement qui lui rendait justice et reconnaissait son bon droit, s’estima satisfait, et sur l’heure, entendit témoigner au défunt que de son côté il connaissait son devoir.Un chacun, par piété exacte, se rendit à la messe des morts et pria pour l’âme en péril de Messire Jehan Boine-Broke.L’ÉTRANGERN cette année se préparait à Bruges le mariage du duc Charles le Téméraire et de la princesse Marguerite d’York.Toute la population entendait, en même temps que le duc, montrer au monde ce que la riche cité pouvait faire pour l’étonnement des peuples voisins, sa gloire et son plaisir.Car il s’agissait de se montrer à la hauteur de sa réputation.Et la cité de Bruges dépassait en puissance, activité, mouvement et fortune, depuis près d’un siècle, toutes les villes proches ou lointaines, comme elle libres de toute servilité, sinon d’obligation.Il était, depuis un siècle, entendu que la grosse cité devait être considérée comme le premier comptoir d’argent de l’Europe du Nord.Mais il fallait qu’on sût qu’elle était aussi magnifique que fortunée.Il fallait qu’on vint admirer la hardiesse de son beffroi, ses églises délicates, ses halles, l’hôtel de Grunthus, ce bijou d’art, récemment édifié, et, le long des quais, ces maisons ouvragées que peu de seigneurs de France ou d’ailleurs ennœillaient sans convoiter.Rien ne devait donc être négligé pour dépasser en faste tout ce qui s’était vu jusqu’à ce jour ; dût le roi Louis le Onzième pâlir une fois de plus de jalousie et serrer jusqu’au sang ses minces lèvres.D’ailleurs, le bruit de la cérémonie qui se préparait s’était répandu jusqu’aux confins des pays d’alentour ; de toutes parts s’en venaient proposer leurs services des artisans de tous métiers ; et leur marchandise, des négociants de tous pays.Il n’était de riche maison qui ne les reçût bien, et ne leur commandât quelque fin travail, des tapisseries notamment, dignes en même temps d’orner aux jours ordinaires leurs demeures, et aux grandes fêtes la devanture de leurs balcons.C’est ainsi que, parmi bien d’autres, arriva un jour aux portes de la ville un mince jeune homme au pensif visage, au doux regard et à la mise fort modeste.*D’où venait-il ? Nous ne saurions le dire.D’Allemagne, peut-être.Il s’appelait Hans.Il avait les yeux et les cheveux clairs des jeunes Germains.Sans doute, au bord de la grande ville, hésita-t-il avant d’entrer.Peut-être prit-il d’un trait son chemin, vers les quais.Alors, assis sur un banc de pierre, il tira quelque morceau de pain de sa pauvre besace et, lentement, le mangea, penché sur le canal.On peut imaginer qu’il souhaita, lui, vagabond, se fixer près de là, cependant qu’il contemplait, sur les eaux calmes, le reflet de la ville.Car à travers le miroitement des ombres lumineuses, elle apparaissait plus accueillante à sa misère, et sœur du rêve qui embuait son regard.*À la nuit tombante, il est probable qu’il se décida à pénétrer franchement dans la cité.Chacun était rentré dans sa maison.Dans les rues désertes, les fenêtres aux petits carreaux à facettes illuminés n’avaient rien d’hostile.Les pignons dentelés s’étiraient familièrement vers le ciel ouaté.Des cloches tintaient, les unes légères et ailées, les autres graves…Il dut, à les écouter, tantôt croire que son esprit s’élançait avec elles vers la nue, tantôt sentir battre sa vie.Quand il eut trouvé, dans le retrait d’une porte massive, l’abri souhaitable, il est permis d’imaginer qu’il passa sur les ferrures à la fois puissantes et fines une main déférente.Et qu’il s’assoupit dans un sourire.*La cérémonie du mariage avait dépassé en éclat toutes les prévisions.Et le roi Louis XI en avait conçu un grand dépit.Ce qui avait achevé de mettre en liesse les Flamands.Ce n’était pas que leur prince leur plût sans réserve.Certes, il avait reçu une éducation qui le mettait à même de faire bonne figure.Il connaissait bien les mœurs et la langue de ses sujets.Mais il n’était visiblement point de cœur avec eux.Il ne se mêlait pas volontiers à eux.Et puis, son physique le desservait : sa bouche serrée, son menton en galoche, n’avaient rien d’agréable.Sa parole, non plus, n’éveillait pas la sympathie.Il avait une manière aigre d’exprimer sa volonté qui blessait celui qu’il interpellait.Seulement, il était le fils de Philippe le Bon [ Pobierz całość w formacie PDF ]