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.Elle tremblait à l’idée des dangers aux mille formes qui pouvaient surgir pendant la séparation.Peut-être sa tendresse exagérait-elle ces dangers.Cependant, Pierre ne put la convaincre.C’était pour lui un tel déchirement de la quitter, qu’il accepta l’idée d’emporter Maguelone dans sa fuite.À la nuit close, deux destriers à la robe sombre s’éloignèrent sans fracas des murs de Naples.À peu de distance, une escorte en armes attendait les deux amants.La chevauchée fut longue, et rudement poussée.Vers l’aube, Maguelone dut avouer qu’elle était lasse.On fit halte sous un pin tordu à l’épaisse chevelure, en vue de la mer.Et tandis que les vagues gonflées de soupirs lentement déferlaient sur le sable, Maguelone s’endormit, la tête appuyée sur la poitrine de Pierre.Elle dort, et parmi les rochers, parmi les touffes de myrte ou de ciste blanc et or, lézards et papillons, un instant dérangés, s’approchent sans crainte pour contempler Maguelone, doucement abandonnée.Les papillons dansent dans le soleil, puis viennent à l’ombre du pin respirer l’haleine légère et odorante de la jeune fille.Pierre, las de la course lui aussi, mais grisé d’amour, ne peut tenir ses paupières closes, et, les yeux baissés sur Maguelone, couve son sommeil.Du haut d’un grenadier étoilé de fleurs sanglantes, un corbeau s’abattit.Maguelone épuisée avait laissé choir dans l’herbe une bourse aux fines mailles d’argent, où elle avait enfermé son plus cher trésor : les trois anneaux donnés par Pierre, les trois anneaux liés d’un ruban vermeil et doré.Le corbeau, attiré par l’éclat du métal, saisit la bourse et s’envola.Pierre, aussi vite qu’il put, aussi doucement qu’il put, dégagea son bras passé sous le cou de Maguelone ; elle gémit sans ouvrir les yeux.Il plia son pourpoint, pour le lui glisser sous la tête, en un coussin où se répandirent les boucles blondes au parfum de paradis.Avec la bride de son cheval, il improvisa une fronde, il y plaça un caillou, le fit tournoyer, et du premier coup blessa le corbeau.L’oiseau noir alla tomber dans la mer, sans lâcher la bourse.Une solide barque était tirée sur la grève, à peine léchée par les vagues paresseuses.Pierre la mit à flot, et rama vers le corbeau.Mais le caprice des vents emportait peu à peu la vilaine bête vers le large, et la barque trop lourde n’avançait guère.De temps en temps, l’oiseau blessé, retrouvant quelques forces, volait plus loin, retombait à l’eau, et échappait à la noyade en reprenant encore son vol.Pierre s’obstinait à tirer sur les avirons, sans s’apercevoir qu’il s’éloignait dangereusement de la côte.Un îlot qu’il contourna lui cacha bientôt la vue du gros pin.À l’abri de cet îlot, se tenait embusqué un vaisseau pirate.Les Barbaresques de l’équipage se jetèrent sur la barque imprudente.Pierre de Provence fut pris.Ils ne lui firent aucun mal.Il était sans épée, et tout étourdi de son malheur : plus triste de la bourse volée à Maguelone que de sa liberté perdue.La douceur profonde de cette tristesse toucha les rudes matelots.Son riche équipement, la finesse du linge qu’il montrait à découvert, lui valurent les égards qu’on accorde aux grands seigneurs.Ils l’emmenèrent à Tunis, et offrirent au Sultan cette prise royale.Le Sultan essaya de l’interroger sur son origine, espérant arracher à la famille du captif une grosse rançon.Mais Pierre, songeant à toute la douleur qu’il avait déjà donnée aux siens, ne voulut pas les affliger une fois de plus, et les ruiner par surcroît : il refusa de parler.Son maître connaissait les hommes, et la dignité de Pierre l’enchanta.Il n’essaya pas de le contraindre par la force, et au contraire lui parla presque en ami : il lui offrit de prendre du service dans ses armées.Pierre, sans hésiter, accepta ; mais il fallut lui promettre qu’on ne lui ferait jamais combattre des chrétiens.Le Sultan avait assez d’ennemis chez les Infidèles, parmi les tribus noires indomptées, les pachas rebelles, ou ses rivaux de Babylone, de Sorie ou de Morroc.L’accord fut aisé.Bientôt le renom du jeune capitaine chrétien, follement brave et vainqueur en toutes les rencontres guerrières, devint tel qu’il suffit à tenir en respect les ennemis les plus audacieux.Jamais l’empire du Sultan n’avait été si largement et si solidement établi.La paix assurée, le souverain reconnaissant remercia Pierre en le comblant de cadeaux, armes précieuses, chevaux du sang le plus pur, parures splendides, esclaves, palais… Il aimait l’avoir auprès de lui, et le consultait dans les plus graves affaires.Pierre se souvenait du sage gouvernement de son père en Provence, et savait donner au Sultan des conseils fermes et prudents.Au bout de quelques années, sa fortune aurait été magnifique, sa puissance inouïe, si la puissance et la fortune avaient pu le séduire.Mais il demeurait toujours mélancolique et sans désirs.Il ne songeait qu’à Maguelone abandonnée, à ses parents dans le deuil.Il refusait tout ce qui aurait pu le lier davantage à son seigneur et à la terre barbaresque.Il rejeta plusieurs propositions de mariage avec les plus nobles princesses musulmanes ; il refusa d’un geste inflexible et muet l’idée de se convertir à l’Islam.Le Sultan, plein d’une sincère affliction, le fit parler et peu à peu lui arracha quelques confidences.Il avait désormais pour Pierre une amitié étrange et jalouse, et pourtant ne voulait pas faire le bonheur de son vassal en se privant de ses services.Il n’avait pas le courage de le renvoyer, et cherchait par quelle tentation le retenir.Pierre lui avait dit la merveilleuse beauté de Maguelone.D’ailleurs, sur toutes les côtes de Méditerranée, jusque dans les îles les plus perdues, les navigateurs en avaient porté des nouvelles.Le Sultan envoya en orient et en occident des messagers munis de lourds sacs de sequins non percés, et finit par se procurer ce qu’il cherchait, une fille comparable en beauté à Maguelone.Ce fut une odalisque des bords de la Mer Noire, une Géorgienne aux boucles d’or, aux yeux bleus comme le soir, dont le sourire presque divin et les danses voluptueuses auraient fait divaguer le plus vieux philosophe de la Mecque.Il la donna à Pierre, croyant lui faire retrouver en elle ses amours perdues.Sa ressemblance avec Maguelone était étrange en vérité.Mais ce n’était pas Maguelone.Pierre accueillit avec douceur la belle captive, la salua en la regardant au fond des yeux, sans répondre à ses mélodieux accents, et se retira dans ses appartements pour n’en plus sortir.Quand le Sultan apprit l’échec de sa tentative, il fit étrangler la malheureuse qui n’avait pas su tourner la tête au chevalier chrétien ; il le jeta lui-même dans un cachot, l’accusant devant ses ministres du crime de lèse-majesté.Furieux, il criait :— Ce Galiléen a voulu séduire ma sultane favorite.Quel châtiment mérite-t-il ?— La mort, et d’abord la torture ! répondirent les ministres, jaloux depuis longtemps de l’étranger [ Pobierz całość w formacie PDF ]