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.Croisilles était pâle comme la mort, et mademoiselle Godeaucherchait vainement quelque parole qui pût exprimerce qu'elle sentait.En passant à côté de lui, ellelaissa tomber à terre un bouquet de violettes qu'elle[25] tenait à la main.Il se baissa aussitôt, ramassa le bouquetet le présenta à la jeune fille pour le lui rendre; mais,au lieu de le reprendre, elle continua sa route sansprononcer un mot, et entra dans le cabinet de son père.Croisilles, resté seul, mit le bouquet dans son sein, et sortit de[30] la maison le coeur agité, ne sachant trop que penser decette aventure.IIIA peine avait-il fait quelques pas dans la rue, qu'il vitaccourir son fidèle Jean, dont le visage exprimait la joie.--Qu'est-il arrivé? lui demanda-t-il; as-tu quelquenouvelle à m'apprendre?[5]--Monsieur, répondit Jean, j'ai à vous apprendre queles scellés sont levés, et que vous pouvez rentrer chezvous.Toutes les dettes de votre père payées, vous restezpropriétaire de la maison.Il est bien vrai qu'on aemporté tout ce qu'il y avait d'argent et de bijoux, et[10] qu'on a même enlevé les meubles; mais enfin la maisonvous appartient, et vous n'avez pas tout perdu.Je courspartout depuis une heure, ne sachant ce que vous étiezdevenu, et j'espère, mon cher maitre, que vous serez assezsage pour prendre un parti raisonnable.[15]--Quel parti veux-tu que je prenne?--Vendre cette maison, monsieur, c'est toute votrefortune; elle vaut une trentaine de mille francs.Aveccela, du moins, on ne meurt pas de faim; et qui vousempêcherait d'acheter un petit fonds de commerce qui ne[20] manquerait pas de prospérer?--Nous verrons cela, répondit Croisilles, tout en sehâtant de prendre le chemin de sa rue.Il lui tardait derevoir le toit paternel; mais, lorsqu'il y fut arrivé, un sitriste spectacle s'offrit à lui, qu'il eut à peine le courage[25] d'entrer.La boutique en désordre, les chambres désertes,l'alcôve de son père vide, tout présentait à ses regards lanudité de la misère.Il ne restait pas une chaise; tous lestiroirs avaient été fouillés, le comptoir brisé, la caisseemportée; rien n'avait échappé aux recherches avides des[30] créanciers et de la justice, qui, après avoir pillé la maison,étaient partis, laissant les portes ouvertes, comme pourtémoigner aux passants que leur besogne était accomplie.--Voilà donc, s'écria Croisilles, voilà donc ce qui restede trente ans de travail et de la plus honnête existence,[5] faute d'avoir eu à temps, au jour fixe, de quoi fairehonneur à une signature imprudemment engagée!Pendant que le jeune homme se promenait de long enlarge, livré aux plus tristes pensées, Jean paraissait fortembarrassé.Il supposait que son maitre était sans argent,[10] et qu'il pouvait même n'avoir pas dîné.Il cherchaitdonc quelque moyen pour le questionner là-dessus,et pour lui offrir, en cas de besoin, une part de ses économies.Après s'être mis l'esprit à la torture pendant unquart d'heure pour imaginer un biais convenable, il ne[15] trouva rien de mieux que de s'approcher de Croisilles, etde lui demander d'une voix attendrie:--Monsieur aime-t-il toujours les perdrix aux choux?Le pauvre homme avait prononcé ces mots avec un accentà la fois si burlesque et si touchant, que Croisilles,[20] malgré sa tristesse, ne put s'empêcher d'en rire.--Et à propos de quoi cette question? dit-il.--Monsieur, répondit Jean, c'est que ma femme m'enfait cuire une pour mon dîner, et si par hasard vous lesaimiez toujours.[25] Croisilles avait entièrement oublié jusqu'à ce moment lasomme qu'il rapportait à son père; la proposition de Jeanle fit se ressouvenir que ses poches étaient pleines d'or.--Je te remercie de tout mon coeur, dit-il au vieillard,et j'accepte avec plaisir ton diner; mais, si tu es inquiet[30] de ma fortune, rassure-toi, j'ai plus d'argent qu'il ne m'enfaut pour avoir ce soir un bon souper que tu partagerasà ton tour avec moi.En parlant ainsi, il posa sur la cheminée quatre boursesbien garnies, qu'il vida, et qui contenaient chacunecinquante louis.--Quoique cette somme ne m'appartienne pas, ajouta-t-il,[5] je puis en user pour un jour ou deux.A qui faut-ilsque je m'adresse pour la faire tenir à mon père?--Monsieur, répondit Jean avec empressement, votrepère m'a bien recommandé de vous dire que cet argentvous appartenait; et si je ne vous en parlais point, c'est[10] que je ne savais pas de quelle manière vos affaires deParis s'étaient terminées.Votre père ne manquera derien là-bas; il logera chez un de vos correspondants, quile recevra de son mieux; il a d'ailleurs emporté ce qu'illui faut, car il était bien sûr d'en laisser encore de trop, et[15] ce qu'il a, laissé, monsieur, tout ce qu'il a laissé, est à vous,il vous le marque lui-même dans sa lettre, et je suis expressémentchargé de vous le répéter.Cet or est donc aussilégitimement votre bien que cette maison où nous sommes.Je puis vous rapporter les paroles mêmes que votre[20] père m'a dites en partant: «Que mon fils me pardonne dele quitter; qu'il se souvienne seulement pour m'aimer queje suis encore en ce monde, et qu'il use de ce qui resteraaprès mes dettes payées, comme si c'était mon héritage [ Pobierz całość w formacie PDF ]