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.Rien d’autre à perdre que la vie.Je me suis concentrée sur le sortilège comme pour effectuer la plus dangereuse des invocations démoniaques.Je l’ai réitéré trois fois pour faire bonne mesure mais, quand j’ai eu fini, je ne savais toujours pas si j’avais réussi ou non : rien n’avait changé dans l’attitude du garde.Sindhu et Narayan continuaient leurs messes basses.« Venez », ai-je dit.Et je suis retournée en bordure du périmètre éclairé.Personne en vue, à part ce garde.C’était maintenant le moment d’y aller ou de se dégonfler.Je me suis avancée droit vers le garde.Narayan et Sindhu ont poussé un juron et tenté de me faire rebrousser chemin.D’un geste, je les ai invités à me suivre.Le garde ne pouvait pas me voir.Il ne me voyait pas !Mon cœur s’est emballé comme quand j’avais réussi à battre le rappel des chevaux.Toujours par gestes, j’ai indiqué à Sindhu et à Narayan où mettre les pieds pour éviter d’entrer dans le champ de vision du garde.Car l’image de quelqu’un en face de lui pourrait lui revenir après coup.Et, c’était sûr, on allait l’interroger plus tard.Ils se sont hâtés, furtifs comme des chiens, incrédules devant ce miracle.Ils mouraient d’envie de savoir ce que j’avais fait, comment je m’y étais prise, s’ils pourraient apprendre le tour… mais ils n’osaient pas proférer un mot.J’ai repoussé le rabat de la tente d’un centimètre et n’ai vu personne de l’autre côté.Des tentures compartimentaient l’intérieur.Je me suis glissée dans ce qui devait être une chambre d’audience.Elle occupait le plus gros de l’espace.Elle était bien aménagée, autre preuve que Jah faisait passer son confort avant le bien-être de ses hommes et la sauvegarde de sa patrie.Enfant, j’en savais déjà plus long que lui.La loyauté et le respect des hommes, on les acquiert en partageant les rigueurs de leur quotidien.Les yeux toujours écarquillés, Narayan, d’un geste, m’a rappelé la configuration de la tente que nous avaient révélée nos espions.J’ai hoché la tête.À cette heure tardive, Jah devait dormir.Nous nous sommes avancés vers son alcôve.J’écartais les tentures avec ma dague.Narayan et Sindhu avaient sorti leurs rumels.Je sais que je ne faisais aucun bruit.Je suis sûre qu’ils n’en faisaient pas non plus.Et pourtant, quand nous sommes entrés, Jah s’est expulsé de ses coussins et s’est précipité entre Narayan et Sindhu, les repoussant dans son élan.Il a ensuite foncé sur moi.Une lampe brûlait.Il nous distinguait assez pour nous reconnaître.Quel imbécile, ce Jahamaraj Jah ! Il n’a pas poussé un cri.Il a seulement cherché à fuir.J’ai empoigné prestement mon triangle safran à ma ceinture, l’ai dégagé, brandi.Le rumel s’est animé comme une créature vivante et enroulé autour de son cou.J’ai saisi l’extrémité flottante que j’ai tirée d’un coup sec et enroulée autour de mon poignet.Puis j’ai maintenu la traction.Chance, destin ou technique inconsciente, rien de tout cela n’aurait pu me sauver si j’avais été seule.Jah était un homme robuste.Il aurait pu me traîner dehors.Il aurait pu m’envoyer valser d’une bourrade.Mais Narayan et Sindhu lui ont saisi les bras, les lui ont tirés et, par une clé, l’ont terrassé.La force de taureau de Sindhu, surtout, le faisait plier.Narayan s’efforçait de lui maintenir les bras tendus.J’ai calé mes genoux dans le dos de Jah et me suis concentrée sur la strangulation.Il faut du temps à un homme pour mourir d’asphyxie.Les étrangleurs expérimentés sont censés, par des gestes prompts et efficaces, briser la nuque de leur victime qui meurt alors sur le coup.Je n’avais pas encore le bon coup de poignet.Alors il m’a fallu attendre la fin de l’agonie.J’avais mal aux bras et aux épaules quand son ultime frisson s’est achevé.Narayan m’a aidée à me relever.L’intensité de l’expérience me laissait chancelante : une exultation presque orgasmique s’était emparée de moi.Je n’avais jamais rien fait de semblable de mes propres mains, sans acier ni sorcellerie.Narayan souriait.Il savait ce que je ressentais.Sindhu et lui me paraissaient d’un calme surnaturel.Sindhu tendait l’oreille, essayant de deviner si j’avais donné l’alerte.Dans le feu de l’action, j’aurais juré que nous faisions un tapage de tous les diables, mais manifestement j’avais dû percevoir les bruits de façon amplifiée [ Pobierz całość w formacie PDF ]