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.Jason ferma les yeux et s’assoupit.— Nous y sommes, patron, dit soudain le taxi.Taverner rouvrit les yeux et se redressa.Déjà ?Derrière la vitre, il vit le complexe résidentiel où Heather Hart avait son pied-à-terre Côte Ouest.Il sortit un paquet de billets de sa poche et régla la course.La portière coulissa.Recouvrant sa bonne humeur, Jason demanda :— Si je n’avais pas eu d’argent, m’auriez-vous ouvert ?Le taxi ne répondit pas.Il n’avait pas été programmé pour répondre à une telle question.D’ailleurs Taverner s’en moquait, il avait de l’argent.Il remonta le trottoir, puis s’enfonça dans l’allée bordée de séquoias conduisant au vestibule de l’édifice grand standing de dix étages qui flottait sur des coussins d’air à quelques pieds au-dessus du sol.Cette flottaison donnait aux habitants l’impression d’être doucement bercés en permanence sur le giron d’une maman géante.Jason aimait bien.Dans l’Est, ça n’avait pas marché mais, ici, sur la Côte, c’était très à la mode.Une mode onéreuse.Il appuya sur le bouton d’appel de l’appartement, tenant son paquet en équilibre au bout des doigts de la main droite.Ce n’est pas une très bonne idée, songea-t-il.Je pourrais le laisser tomber comme l’autre.Mais non… je ne le laisserai pas tomber.Maintenant mes mains ne tremblent plus.Je vais faire cadeau de ce fichu vase à Heather.Un petit présent que je lui rapporte parce que je comprends ses goûts raffinés.Le petit écran s’éclaira et un visage de femme apparut.Susie, la femme de chambre.— Oh ! monsieur Taverner ! fit-elle en débloquant aussitôt le verrou de la porte actionné par une multitude de sécurités.Entrez donc.Heather est sortie mais elle…— Je l’attendrai.Jason traversa le vestibule et entra dans l’ascenseur.Quelques instants plus tard, Susie lui ouvrit la porte.Petite, mignonne, le teint mat, elle l’accueillit comme d’habitude, avec chaleur.Et… familiarité.— Salut, dit Jason en entrant.— Comme je vous le disais, elle est sortie faire des courses mais elle doit rentrer vers huit heures.Elle avait du temps libre aujourd’hui et elle m’a confié qu’elle voulait en profiter car la société RCA a programmé une longue séance d’enregistrement à la fin de la semaine.— Je ne suis pas pressé, répondit Jason avec sincérité.Pénétrant dans le salon, il posa le carton sur la table basse, en plein milieu, là où Heather ne pourrait pas ne pas le remarquer.— Je vais me reposer en écoutant un peu de musique si vous n’y voyez pas d’inconvénient, dit-il.— C’est ce que vous faites toujours, non ? Moi aussi, je dois sortir.J’ai rendez-vous chez le dentiste à quatre heures et quart et j’ai tout Hollywood à traverser.Jason prit Susie par la taille et sa main se referma sur son sein droit bien ferme.— Mais nous avons la trique aujourd’hui ! s’exclama la soubrette, flattée.— Ne nous arrêtons pas en si bon chemin.— Non, vous êtes trop grand pour moi.(Et Susie disparut pour continuer de faire ce qu’elle était en train de faire quand Taverner avait sonné.)Devant l’électrophone, il fouilla dans la pile des disques récents.Comme aucun ne lui disait rien, il se pencha pour examiner une par une toutes les tranches de la discothèque.Du tas, il sélectionna quelques-uns des albums qu’elle avait enregistrés, plus deux des siens, qu’il posa sur le changeur.Le bras de l’appareil descendit et l’air de The Heart of Hart, son préféré, s’éleva, faisant résonner la vaste pièce de ces inflexions voilées qui contrastaient si magnifiquement avec le naturel des sons acoustiques, égrenés çà et là avec art.Jason s’allongea confortablement sur le divan et retira ses chaussures.Elle se défendait salement le jour où elle avait enregistré ça, se dit-il presque à haute voix.Je n’ai jamais été aussi fatigué de ma vie.C’est la mescaline.Je serais capable de dormir une semaine d’affilée.C’est peut-être ce que je ferai, d’ailleurs, en écoutant la voix d’Heather et la mienne.Pourquoi n’avons-nous jamais réalisé un album ensemble ? Ce serait une excellente idée.Ça se vendrait bien.(Il ferma les yeux.) On doublerait les ventes, et Al pourrait négocier la promo avec RCA.Mais je suis sous contrat avec Reprise.Ça devrait quand même pouvoir s’arranger.Il y a toujours moyen d’arranger les choses.En tout cas, ça en vaudrait la peine.— Et maintenant, le son de Jason Taverner, dit-il à haute voix, les yeux fermés.Le changeur laissa tomber le disque suivant sur le plateau.Déjà ? s’exclama intérieurement Jason.Il se dressa sur son séant et consulta sa montre.Il avait sommeillé pendant toute la durée du disque qu’il avait à peine entendu.Se rallongeant, il ferma les yeux.Dormons, bercé par notre propre son.Et sa voix, étoffée par une piste-guitare et une section cordes, retentit dans les airs.Il faisait noir.Il s’assit sur le divan, les yeux grands ouverts.Conscient du temps qui s’était écoulé.Silence.Tous les disques qu’il avait enfilés sur l’échangeur étaient passés.Cela représentait plusieurs heures d’écoute.Quelle heure était-il ? Tâtonnant, il trouva la lampe familière, chercha le commutateur, l’actionna.Dix heures et demie.Il avait froid et faim.Où est Heather ? se demanda-t-il en mettant gauchement ses chaussures.J’ai les pieds glacés et le ventre vide.Je devrais peut-être…La porte s’ouvrit et Heather entra, emmitouflée dans un manteau de fourrure, le Los Angeles Times à la main.Son visage défait et terreux ressemblait à un masque mortuaire.— Qu’y a-t-il ? lui demanda Jason, terrifié.S’avançant vers lui, Heather lui tendit le journal.En silence.En silence, il le prit.Et lut le gros titre :ON RECHERCHE UNE PERSONNALITÉDE LA TÉLÉVISION IMPLIQUÉE DANS LA MORTDE LA SŒUR D’UN GÉNÉRAL POL— Est-ce que tu as tué Alys Buckman ? fit Heather d’une voix qui grinçait.— Non [ Pobierz całość w formacie PDF ]