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.Mais il m'arrivait de décrocher le téléphone sans vérifier le numéro entrant.— Laisse-moi être là pour toi, disait-elle.Accepter ses offres de réconfort ne m'emballait pas.— Tu veux bien de moi quand tu as besoin de prendre ton pied, a observé Kate à un moment donné, mais tu ne veux pas de moi quand ça va mal?À présent, je l'avais au bout du fil, debout dans ma cuisine au sol jonché de débris après mon explosion de rage, toujours incapable de chasser de mes pensées la voiture de ma fille, les traces de sang sur la portière et le volant.— Tu es là ? a demandé Kate.— Ouais, je suis là.— Tu as une voix épouvantable.— La journée a été dure.— Tu es seul ?— Oui.Et en vérité, je me sentais terriblement seul.— Je sais que tu as beaucoup de soucis.— Mmm, ai-je fait.Un silence s'est installé un instant.— Tu as mangé ? a-t-elle repris.Il m'a fallu réfléchir.Ne venais-je pas d'étudier le contenu du frigo ? Cela devait signifier que je n'avais pas dîné.— Non.— Je vais apporter quelque chose.Des plats chinois.Et j'ai quelques nouveaux DVD.Après un moment d'hésitation, j'ai accepté.J'avais faim.J'étais claqué.Et la solitude me pesait.— Tu peux me laisser une heure? ai-je ajouté.Non.Une heure et demie ?— Bien sûr.À plus tard.J'ai raccroché sans dire au revoir.Après un regard par la fenêtre, j'ai vu qu'il restait encore une bonne heure de lumière.J'ai pris la voiture, je suis passé devant la maison vide de Susanne, puis je me suis rendu à Derby.Une fois là-bas, j'ai sillonné les centres commerciaux, les parkings de fast-food, sans cesser d'observer partout, en quête d'une silhouette pouvant être celle de Sydney.Chou blanc.Au fond de moi, je savais cette démarche inutile, comme si, par hasard, j'allais repérer ma fille marchant dans la rue ; quelles chances y avait-il qu'elle se promène, ou soit assise derrière la vitre d'un McDonald's pile au moment où je passais devant ?Mais il fallait que je fasse quelque chose.J'allais repartir quand une plaque de rue a attiré mon attention.Coulter Drive.Sans réfléchir, j'ai freiné et tourné à droite.Puis, après avoir rangé ma voiture le long du trottoir, j'ai cherché dans ma poche la photocopie du permis de Richard Fletcher récupérée à la concession.Il habitait au 72.La maison la plus proche était le 22, la suivante le 24.J'ai lentement remonté la rue.La maison de Fletcher, une simple bâtisse de plain-pied, quatre fenêtres, la porte en plein milieu, se trouvait en retrait, entourée d'arbres.La pelouse de devant était inégale et envahie de mauvaises herbes.Des pneus usagés, des vélos rouilles, une vieille tondeuse à gazon et tout un bric-à-brac s'entassaient contre un garage indépendant.Dans l'allée gravillonnée, j'ai vu la Pinto jaune dont Fletcher s'était servi pour son escapade plus tôt dans la journée, ainsi qu'un pick-up Ford qui avait connu des jours meilleurs.Derrière le capot ouvert, je distinguais quelqu'un penché sur le moteur.Richard Fletcher, sans doute.À tout autre moment, j'aurais eu le bon sens de poursuivre ma route.Je me serais raisonné : « Alors comme ça le bonhomme t'a roulé.A pris un camion pour faire un tour, et l'a utilisé pour une livraison de fumier.La prochaine fois, tu feras gaffe, tu ne laisseras pas un type tester un camion sans l'accompagner.Fletcher a été veinard de tomber sur moi aujourd'hui.Pas la prochaine fois.On apprend tous les jours.»Seulement, j'étais bien trop à cran pour penser de manière aussi rationnelle.Je suis descendu de voiture et j'ai emprunté l'allée à grands pas.Un chien que je n'avais pas encore remarqué a bondi vers moi, un corniaud boiteux à l'hérédité imprécise et au museau grisonnant.Il était aussi avachi que le toit de la maison Fletcher.Sa queue fatiguée battait la mesure comme un métronome réglé au plus lent.Après l'avoir dépassé et contourné le camion, j'ai constaté que c'était bien Richard Fletcher qui examinait le moteur.Il avait le coude posé sur le radiateur et la tête au creux de la main.Il ne tenait aucun outil, ne réparait en fait rien du tout.Il regardait le moteur de la manière dont une diseuse de bonne aventure éreintée regarderait le fond d'une tasse de thé.Essayant de trouver des réponses, sans beaucoup de chance.— Salut, ai-je lancé, d'un ton agressif.Il a levé les yeux sur moi, les a plissés, dans une tentative pour me situer.— La prochaine fois que vous prenez un camion pour un essai, ça vous ennuierait de nettoyer toute la merde avant de le ramener ?À présent il me remettait.Fletcher s'est redressé en se frottant le crâne et m'a dévisagé sans un mot.— Vous êtes un vrai malade, vous le savez ? ai-je poursuivi.Vous vous prenez pour qui, nom de Dieu ? J'ai une info pour vous.On n'est pas une agence de location de camions, O.K [ Pobierz całość w formacie PDF ]