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.Roz leva les mains en un geste de capitulation.Elle lui sourit d'un air penaud.« Je ne suis pas venue jouer les voyeurs.Je m'appelle Rosalind Leigh et je travaille pour l'avocat de feu Mr Martin.»La jeune femme la considéra d'un air suspicieux.« Ben voyons! Comment s'appelle-t-il?— Peter Crew.— Vous avez pu relever le nom dans le journal.— J'ai une lettre de lui.Vous voulez que je vous la montre? Cela vous prouvera que je suis bien ce que je dis.— Si vous y tenez.»Roz se hâta de récupérer son porte-documents dans le coffre, mais en revenant elle trouva porte close.Elle sonna plusieurs fois et attendit une dizaine de minutes.La jeune femme n'avait manifestement pas l'intention de répondre.D'une fenêtre de l'étage supérieur lui parvinrent les pleurs d'un bébé.Elle grimpa les quelques marches du perron et put distinguer les paroles réconfortantes de la mère.Tout en s'en voulant de sa maladresse, elle retourna dans la voiture afin de réfléchir à ce qu'elle allait faire.Les coupures de journaux ne contenaient rien d'intéressant.Elle avait espéré des noms, d'amis, de voisins, voire de quelque vieille institutrice, qui lui auraient fourni des détails du quotidien.Mais la presse locale, tout comme la presse nationale, n'avait vu que l'aspect sensationnel de l'affaire et ne s'était guère souciée d'apporter des éléments concrets sur la vie d'Olive ou les motifs de son acte.Figuraient, de façon anonyme bien sûr, les habituelles déclarations de gens du quartier qui savaient que cela devait arriver, déclarations formulées en des termes si uniformément vagues que Roz se demanda si elles n'avaient pas été fabriquées de toutes pièces.« Non, ça ne m'a pas surpris, affirmait l'un d'eux.Indigné, consterné, oui, mais pas surpris.C'était une fille bizarre, distante, toujours silencieuse.Tout le contraire de sa sœur.Ambre était jolie et pas renfermée.Nous l'aimions tous.»« Ses parents lui trouvaient un caractère difficile.Elle ne voyait personne, n'avait pas d'amis.Par timidité, je suppose, à cause de sa corpulence, n'empêche qu'elle vous regardait d'une drôle de façon.»Il est vrai qu'à part les crimes eux-mêmes, le reste n'offrait guère de quoi alimenter la chronique.La police n'avait pas eu à mener d'enquête : Olive 1 avait avertie par téléphone, était passée aux aveux en présence de Crew et avait été aussitôt inculpée de meurtre.Comme elle avait plaidé coupable, les révélations croustillantes auxquelles auraient pu donner lieu de longs débats, l'évocation de fréquentations douteuses ou de complicités avaient totalement manqué et l'énoncé du verdict s'était réduit à un seul paragraphe au-dessous d'un gros titre: VINGT-CINQ ANS POUR UN DOUBLE MEURTRE.En fin de compte, l'histoire elle-même semblait avoir anesthésié toutes les plumes.Sur les cinq sacro-saintes questions, credo du journalisme : où?, quand ?, comment ?, qui ?, pourquoi ?, les quatre premières avaient déjà largement trouvé une réponse.Tout le monde savait ce qui était arrivé, par qui, quand et comment.Mais personne, de toute évidence, ne savait pourquoi.Ni même, et là résidait le vrai mystère, ne se l'était réellement demandé.Quelques paroles acerbes pouvaient-elles suffire à mettre une jeune femme en colère au point qu'elle découpe sa famille en rondelles?Avec un soupir, Roz brancha l'auto-radio et glissa une cassette de Pavarotti.Pas de chance, se dit-elle, tandis que l'air de « Nessun dorma » envahissait la voiture, réveillant le douloureux souvenir d'un été qu'elle aurait préféré à jamais enseveli dans sa mémoire.Quel étrange pouvoir d'évocation possédait la musique ! A vrai dire, ils avaient pratiquement passé les semaines précédant leur séparation devant le poste de télévision, « Nessun dorma » ponctuant le début et la fin de leurs disputes.Elle se rappelait avec précision chacun des matches de la Coupe du monde de football.C'étaient à peu près les seuls moments d'accalmie au milieu de la tempête.Si seulement elle avait eu la force de mettre fin au supplice, au lieu de le prolonger jusqu'à l'issue finale!Un rideau de tulle, à droite, au numéro 24, bougea derrière un macaron collé au beau milieu de la vitre, assurant que le quartier était placé sous surveillance.Précaution après coup, ou bien le rideau s'agitait-il aussi le jour où Olive avait joué du couteau à découper? Deux garages séparaient les maisons, mais les occupants avaient très bien pu entendre quelque chose.Olive Martin prit une hache, une hache, et en donna quarante coups à sa mère, à sa mère.Le refrain stupide lui trotta dans la tête comme il n'avait cessé de le faire au cours des jours précédents.Elle se remit à contempler le numéro 22, tout en surveillant du coin de l'œil le rideau de tulle.Il bougea de nouveau, tiré par une main invisible, et Roz fut prise d'une colère irraisonnée à l'égard de cet être à l'affût.Une sale pipelette qui n'avait rien à faire de ses dix doigts.Quelque vieille fille frustrée qui se soulageait dans le voyeurisme.Ou une épouse accablante et accablée cherchant la faute partout.Et, soudain, ce fut l'étincelle, comme un aiguillage qui pivote, lançant ses pensées sur une nouvelle voie.Une pipelette, bien sûr, voilà ce qu'il lui fallait.Comment n'y avait-elle pas songé plus tôt? Vraiment, elle commençait à s'inquiéter elle-même.Elle vivait trop dans une sorte de brouillard, uniquement attentive aux bribes du passé qui résonnaient de façon absurde dans sa mémoire.Un vieillard frêle ouvrit la porte, petit, ratatiné, les épaules voûtées et la peau diaphane.« Entrez, entrez, dit-il en s'effaçant pour laisser passer Roz.Je vous ai entendue parler à Mrs Blair.Elle ne vous dira rien et, quand bien même, cela ne vous avancerait pas à grand-chose.Ils sont arrivés il y a tout juste quatre ans, alors qu'ils avaient déjà mis le premier en route.Ils ne connaissaient pas la famille, je crois même qu'ils n'ont jamais adressé la parole à ce pauvre Bob.Y a pas à dire.Pour ça, elle a du toupet.Comme tous les jeunes de maintenant.Ils voudraient avoir tout pour rien.» Il précéda Roz dans le salon tout en continuant à grommeler.« Se plaignent de vivre dans un bocal en oubliant que, s'ils ont eu la maison pour une bouchée de pain, c'est justement parce que c'est un bocal.Ted et Dorothy Clarke leur en ont pratiquement fait cadeau vu qu'ils ne supportaient plus d'être là.Y a pas à dire [ Pobierz całość w formacie PDF ]