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.Mais les mouvements corporels qui les accompagnent peuvent tous être nuisibles à la santé lorsqu’ils sont fort violents, et au contraire lui être utiles lorsqu’ils ne sont que modérés.Art.142.De la joie et de l’amour, comparées avec la tristesse et la haine.Au reste, puisque la haine et la tristesse doivent être rejetées par l’âme, lors même qu’elles procédent d’une vraie connaissance, elles doivent l’être à plus forte raison lorsqu’elles viennent de quelque fausse opinion.(435) Mais on peut douter si l’amour et la joie sont bonnes ou non lorsqu’elles sont ainsi mal fondées ; et il me semble que si on ne les considére précisément que ce qu’elles sont en elles-mêmes au regard de l’âme, on peut dire que, bien que la joie soit moins solide et l’amour moins avantageuse que lorsqu’elles ont un meilleur fondement, elles ne laissent pas d’être préférables à la tristesse et à la haine aussi mal fondées : en sorte que, dans les rencontres de la vie oô nous ne pouvons éviter le hasard d’être trompés, nous faisons toujours beaucoup mieux de pencher vers les passions qui tendent au bien que vers celles qui regardent le mal, encore que ce ne soit que pour l’éviter ; et même souvent une fausse joie vaut mieux qu’une tristesse dont la cause est vraie.Mais je n’ose pas dire de même de l’amour au regard de la haine.Car, lorsque la haine est juste, elle ne nous éloigne que du sujet qui contient le mal dont il est bon d’être séparé, au lieu que l’amour qui est injuste nous joint à des choses qui peuvent nuire, ou du moins qui ne méritent pas d’être tant considérées par nous qu’elles sont, ce qui nous avilit et nous abaisse.Art.143.Des mêmes passions, en tant qu’elles se rapportent au désir.Et il faut exactement remarquer que ce que je viens de dire de ces quatre passions n’a lieu que lorsqu’elles sont considérées précisément en elles-mêmes, et qu’elles ne nous portent à aucune action.Car, en tant qu’elles (436) excitent en nous le désir, par l’entremise duquel elles réglent nos mœurs, il est certain que toutes celles dont la cause est fausse peuvent nuire, et qu’au contraire toutes celles dont la cause est juste peuvent servir, et même que, lorsqu’elles sont également mal fondées, la joie est ordinairement plus nuisible que la tristesse, parce que celle-ci, donnant de la retenue et de la crainte, dispose en quelque façon à la prudence, au lieu que l’autre rend inconsidérés et téméraires ceux qui s’abandonnent à elle.Art.144.Des désirs dont l’événement ne dépend que de nous.Mais, parce que ces passions ne nous peuvent porter à aucune action que par l’entremise du désir qu’elles excitent, c’est particuliérement ce désir que nous devons avoir soin de régler ; et c’est en cela que consiste la principale utilité de la morale.Or, comme j’ai tantôt dit qu’il est toujours bon lorsqu’il suit une vraie connaissance, ainsi il ne peut manquer d’être mauvais lorsqu’il est fondé sur quelque erreur.Et il me semble que l’erreur qu’on commet le plus ordinairement touchant les désirs est qu’on ne distingue pas assez les choses qui dépendent entiérement de nous de celles qui n’en dépendent point.Car, pour celles qui ne dépendent que de nous, c’est-à-dire de notre libre arbitre, il suffit de savoir qu’elles sont bonnes pour ne les pouvoir désirer (437) avec trop d’ardeur, à cause que c’est suivre la vertu que de faire les choses bonnes qui dépendent de nous, et il est certain qu’on ne saurait avoir un désir trop ardent pour la vertu.Outre que ce que nous désirons en cette façon ne pouvant manquer de nous réussir, puisque c’est de nous seuls qu’il dépend, nous en recevons toujours toute la satisfaction que nous en avons attendue.Mais la faute qu’on a coutume de commettre en ceci n’est jamais qu’on désire trop, c’est seulement qu’on désire trop peu ; et le souverain reméde contre cela est de se délivrer l’esprit autant qu’il se peut de toutes sortes d’autres désirs moins utiles, puis de tâcher de connaître bien clairement et de considérer avec attention la bonté de ce qui est à désirer.Art.145.De ceux qui ne dépendent que des autres causes, et ce que c’est que la fortune.Pour les choses qui ne dépendent aucunement de nous, tant bonnes qu’elles puissent être, on ne les doit jamais désirer avec passion, non seulement à cause qu’elles peuvent n’arriver pas, et par ce moyen nous affliger d’autant plus que nous les aurons plus souhaitées, mais principalement àcause qu’en occupant notre pensée elles nous détournent de porter notre affection à d’autres choses dont l’acquisition dépend de nous.Et il y a deux remédes généraux contre ces vains désirs : (438) le premier est la générosité, de laquelle je parlerai ci-aprés ; le second est que nous devons souvent faire réflexion sur la Providence divine, et nous représenter qu’il est impossible qu’aucune chose arrive d’autre façon qu’elle a été déterminée de toute éternité par cette Providence ; en sorte qu’elle est comme une fatalité ou une nécessité immuable qu’il faut opposer à la fortune, pour la détruire comme une chimére qui ne vient que de l’erreur de notre entendement.Car nous ne pouvons désirer que ce que nous estimons en quelque façon être possible, et nous ne pouvons estimer possibles les choses qui ne dépendent point de nous qu’en tant que nous pensons qu’elles dépendent de la fortune, c’est-à-dire que nous jugeons qu’elles peuvent arriver, et qu’il en est arrivé autrefois de semblables.Or cette opinion n’est fondée que sur ce que nous ne connaissons pas toutes les causes qui contribuent à chaque effet ; car, lorsqu’une chose que nous avons estimée dépendre de la fortune n’arrive pas, cela témoigne que quelqu’une des causes qui étaient nécessaires pour la produire a manqué, et par conséquent qu’elle était absolument impossible et qu’il n’en est jamais arrivé de semblable, c’est-à-dire à la production de laquelle une pareille cause ait aussi manqué : en sorte que si nous n’eussions point ignoré cela auparavant, nous ne l’eussions jamais estimée possible, ni par conséquent ne l’eussions désirée.(439)Art.146.De ceux qui dépendent de nous et d’autrui.Il faut donc entiérement rejeter l’opinion vulgaire qu’il y a hors de nous une fortune qui fait que les choses arrivent ou n’arrivent pas, selon son plaisir, et savoir que tout est conduit par la Providence divine, dont le décret éternel est tellement infaillible et immuable qu’excepté les choses que ce même décret a voulu dépendre de notre libre arbitre, nous devons penser qu’ànotre égard il n’arrive rien qui ne soit nécessaire et comme fatal, en sorte que nous ne pouvons sans erreur désirer qu’il arrive d’autre façon [ Pobierz całość w formacie PDF ]