[ Pobierz całość w formacie PDF ]
.— Oh, non, noble juge ! répondit la commerçante.J’ai bien trop peur pour y mettre les pieds !Ti souhaita que tout fût disposé comme lors du double décès.Il ordonna à la matrone de mettre de l’eau à bouillir sur le poêle.Puis il installa la cage au chat sur le coffre où étaient assis les jeunes gens et vérifia que portes et fenêtres étaient bien closes.Ils allèrent patienter sur un banc, devant la maison d’en face, où Ti se fit servir du thé tandis qu’ils observaient les va-et-vient d’un petit peuple inconscient du drame qui se jouait peut-être à quelques mètres d’eux.Après avoir considéré d’un œil triste le breuvage qu’on avait versé dans son bol, le devin se pencha sur l’oreille de son employeur :— Les traits de cette marchande de tissus indiquent clairement qu’elle est l’assassin, murmura-t-il.La forte largeur de son front et l’écartement trop étroit de ses yeux sont typiques des meurtriers, si vous voulez mon avis.Sans quitter la maison des yeux, Ti répondit qu’il le dispensait dorénavant de lui donner son opinion.Ils allaient attendre une demi-heure en sirotant leur thé, et on ne lui servirait rien d’autre à boire durant tout ce temps, quoi qu’il dise.Le devin se renfrogna et entama une longue méditation sur les aléas de la vie de pochard.La demi-heure écoulée, les deux hommes se levèrent et traversèrent la rue pour pénétrer à nouveau chez les Su.La marchande bondit de sa cuisine pour les accompagner au salon.Toute l’eau de la bouilloire s’était évaporée et les braises rougeoyaient dans le poêle.La cage était toujours posée sur le sofa.Le chat gisait inanimé à l’intérieur.Ti l’en tira pour le palper.Il était mort.Mme Su poussa un cri perçant.— Le démon est revenu !— En fait, il n’est jamais parti, dit tout bas le juge.— C’est ce meuble qui est maudit ! s’écria le devin en contemplant avec horreur les coussins en soie qui recouvraient le coffre.Le félin ne portait nulle trace de sévices.Cette fois, la cause du décès ne faisait guère de doute : il avait été étouffé.Mais, si l’air de cette pièce était vicié, pourquoi n’en ressentaient-ils aucun effet ? Cela risquait de devenir l’affaire la plus célèbre des annales judiciaires, s’il parvenait à l’expliquer.Dans le cas contraire, elle figurerait plutôt dans les recueils de contes et légendes.Mme Su était tétanisée par la terreur.Ti ne put que lui recommander d’aller s’installer ailleurs avec le reste de la famille, un conseil qui n’allait pas manquer d’être suivi.XLe juge Ti s’allie à un criminel ; un meurtre est commis par un mort.À défaut de posséder un don de voyance, Ti considérait que le mot-clé, dans son genre de métier, était « prévoyance ».À quoi devait-il s’attendre ? Que lui restait-il comme suspects potentiels pour les prochains meurtres ? Une femme-renarde, un chien céleste, un homme-requin, un estropié monté sur un loup, un dresseur d’aigles et un dragon cracheur de feu.Lequel d’entre eux était le plus à redouter ? Le dragon, sans aucun doute, à cause des risques d’incendie.Qui pouvait dire combien celui-là ferait de victimes en une seule fois ? Ses secrétaires avaient précisé que le suanni était d’importation bouddhiste.Il lui fallait un spécialiste de ce genre de choses.Et il savait où en trouver un particulièrement ferré sur ces questions.Il traversa le yamen jusqu’au sous-sol où l’on enfermait les prisonniers.Au bas d’une volée de marches humides, il rencontra le geôlier, qui s’inclina avant d’ouvrir la grosse porte du couloir aux cellules.— Mène-moi au mage bouddhiste que je t’ai confié il y a quelques jours, ordonna Ti.Ils s’enfoncèrent dans un boyau obscur sentant le moisi et la sueur.Les murs suintaient.La pourriture était partout.Les besoins naturels tombaient dans un trou où l’évacuation se faisait mal, ce qui ajoutait à la puanteur générale.Ti n’était pas en poste à Peng-lai depuis très longtemps, il n’avait encore jamais visité les caves où l’on jetait ceux qu’il condamnait.Séjourner dans cet endroit sordide devait constituer un excellent avant-goût des punitions réservées aux téméraires qui osaient braver les lois impériales.En fait, il se demanda si l’organisation de visites guidées obligatoires n’aurait pas un effet bénéfique sur le respect de l’ordre public.Il éprouvait lui-même une grande répugnance à y poser ses semelles.L’idée d’y coucher avait de quoi ramener n’importe qui dans le droit chemin.Le geôlier tira le verrou et ouvrit la grille derrière laquelle croupissait le bouddhiste assassin.Ti se posta dans l’encadrement, peu soucieux de pénétrer dans un réduit sans lumière d’où il était impensable de sortir sans s’être maculé de Dieu sait quoi.Il entendit un froissement de tissu.Le prisonnier venait de se jeter sur le sol et lui étreignait les genoux.— Je savais que Votre Excellence viendrait me chercher ! dit une voix rauque.« Apparemment, tout le monde connaît l’avenir sauf moi, dans cette ville », se dit le juge en contemplant le bonnet grisâtre du mage en train d’embrasser ses mollets [ Pobierz całość w formacie PDF ]