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.Nous avions cru qu’il n’aurait pas été invité.Après que Sciola et Davenport l’eurent surpris à quitter la ville, Mme Corcoran avait même refusé de lui adresser la parole.(« Pour ne pas perdre la face », avait dit Francis.) En tout cas, il avait reçu son invitation personnelle, et il y en avait eu d’autres, relayées par Henry, pour deux de ses amis, Rooney Wynne et Bram Guernsey.De fait, les Corcoran avaient invité pas mal de gens de Hampden – des relations de pavillon, dont j’ignorais même que Bunny les connaissait.Une dénommée Sophie Dearbold, que j’avais aperçue au cours de français, devait venir avec Francis et moi.« Comment Bunny l’a-t-il connue ? » ai-je demandé à Francis en allant au pavillon de la fille.« Je crois qu’il ne la connaissait pas, ou mal.Mais il a eu le béguin pour elle en première année.Je suis sûr que Marion ne va pas apprécier qu’on l’ait invitée.»J’avais craint que ce trajet ne se passe dans la gêne, mais en fait nous avons été merveilleusement soulagés de nous trouver en face d’une inconnue.Nous avons même failli nous amuser, avec la radio allumée, Sophie (yeux marron, voix rocailleuse) les bras croisés sur la banquette avant pour nous parler, et Francis que je n’avais pas vu d’aussi bonne humeur depuis une éternité.« Vous ressemblez à Audrey Hepburn, lui a-t-il dit, vous le savez ? » Elle nous a donné des Kool, des boules de gomme à la cannelle, nous a raconté des histoires drôles.Je riais, je regardais par la portière en priant pour qu’on manque un virage.Je n’étais jamais allé dans le Connecticut de ma vie.À un enterrement non plus.Shady Brook se trouvait sur une petite route qui s’écartait brusquement de la nationale, franchissait des ponts, serpentait longuement parmi des fermes, des pâturages et des champs cultivés.À un moment, les vastes prairies ont laissé place à un terrain de golf, COUNTRY CLUB DE SHADY BROOK, disait l’enseigne en bois brûlé qui se balançait devant le club en faux style Tudor.Ensuite il y avait les résidences – grandes et belles, largement espacées, chacune posée sur ses trois ou quatre hectares de terre.Cet endroit ressemblait à un labyrinthe.Francis regardait les numéros sur les boîtes aux lettres, prenait fausse piste sur fausse piste pour reculer une fois de plus, l’injure à la bouche, faisant craquer les vitesses.Il n’y avait aucun panneau, aucune logique apparente au numérotage, et après avoir cherché à tâtons pendant une demi-heure, je me suis pris à espérer que nous ne trouverions jamais, que nous allions tout simplement faire demi-tour et rentrer gaiement à Hampden.Mais, naturellement, nous avons trouvé.Au bout de son propre cul-de-sac, c’était une grande maison moderne de style « architectural », en cèdre brut, avec des étages en quinconce et des balcons asymétriques d’une nudité voulue.La cour était en dalles noires, de l’ardoise, et il n’y avait aucune végétation, à part quelques gingkos dans des bacs post-modernes, placés à des intervalles stratégiques.« Ouh », a fait Sophie, en vraie fille de Hampden, toujours prête à rendre hommage au Nouveau.J’ai regardé Francis et il a haussé les épaules.« Sa m’man aime l’architecture moderne.»________Je n’avais jamais vu celui qui a ouvert la porte mais aussitôt, dans une sorte de rêve nauséeux, je l’ai reconnu.Un visage rouge et large, avec une mâchoire épaisse et des cheveux entièrement blancs ; il nous a regardés fixement l’espace d’un instant, sa petite bouche formant un o bien rond et bien serré.Ensuite, d’un bond étonnamment vif, comme un jeune homme, il s’est emparé de la main de Francis.« Bien, a-t-il dit.Bien, bien, bien.» 11 avait la voix nasale, le débit volubile de Bunny.« Si ce n’est pas ce vieux Poil de Carotte.Comment vas-tu, mon gars ? »« Pas mal du tout », a répondu Francis, et j’ai été aussi surpris par son ton chaleureux et sincère que de la vigueur avec laquelle il lui a rendu sa poignée de main.M.Corcoran lui a lourdement passé son bras sur les épaules pour l’attirer vers lui.« C’est mon gars, celui-là », nous a-t-il dit en ébouriffant les cheveux de Francis.« Tous mes frères étaient des rouquins et chez mes fils il n’y a pas un seul rouquin digne de ce nom.Comprends pas ça.Qui es-tu, ma belle ? » a-t-il dit à Sophie en dégageant son bras pour lui prendre la main.« Salut.Je m’appelle Sophie Dearbold.»« Eh bien, tu es sacrément jolie.Elle n’est pas jolie, les gars ? Tu es tout le portrait de ta tante Jean, mon chou.»« Quoi ? » a dit Sophie interloquée, après un bref silence.« Voyons, ta tante, mon chou.La sœur de ton papa.Cette jolie Jean Lickfold qui a remporté le tournoi de golf au club l’année dernière.»« Non, monsieur.Dearbold.»« Dearfold.Comme c’est étrange.Je ne connais pas de Dearfold par ici.Oh, j’ai connu un type qui s’appelait Breedlow, mais ça doit remonter, oh, bien à vingt ans.Il était dans les affaires.On dit qu’il a carrément piqué un million à son associé.»« Je ne suis pas d’ici.»Il a haussé un sourcil d’une façon qui rappelait Bunny.« Non ? »« Non.»« Pas de Shady Brook ? » Il l’a dit comme s’il pouvait à peine y croire.« Alors d’où viens-tu, mon chou ? De Greenwich ? »« De Détroit.»« Sois bénie, alors.De venir de si loin.»Sophie, en souriant, a secoué la tête et commencé à s’expliquer, quand, totalement à l’improviste, M.Corcoran s’est jeté dans ses bras et a fondu en larmes [ Pobierz całość w formacie PDF ]