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.— Lui là ! confirma fièrement le nain des ravins.(S’il ne parlait pas l’elfique, il comprenait aisément ce qui se disait.) Moi faire entrer lui ?— Merci, Ponce, répondit Kerian en se levant et en rajustant l’épée qui battait son flanc.Je vais à sa rencontre.Mieux vaudrait que vous restiez ici, Altesse, ajouta-t-elle à l’attention de Gilthas.Ils gardaient leur mariage secret, même pour les rebelles de la Lionne.— Grand nain sommité… (Ponce était impressionné.) Lui porter chapeau… et chaussures ! (Il en était doublement impressionné.) Moi jamais vu nains avec chaussures !— Le haut roi est accompagné de quatre gardes du corps, ajouta Aile d’Argent.Comme vous le désiriez, nous avons surveillé leurs faits et gestes depuis leur départ du Thorbardin.— Pour leur sécurité autant que la nôtre, Majesté, s’empressa de préciser Kerian en voyant s’assombrir son époux.— Nous les avons discrètement suivis et ils n’ont croisé personne en chemin, pas plus qu’on les a pris en filature…— … Excepté vous, coupa Gilthas, ironique.— On n’est jamais trop prudent, Majesté, rappela Kerian.Tarn Beuglegranit est le nouveau souverain des clans du Thorbardin.Si son règne est assuré parmi les siens, les nains ont aussi leurs traîtres… Comme nous.Gilthas soupira à cœur fendre.— Le monde changera-t-il un jour ? J’espère que les nains ne se sont aperçus de rien.— Ils ont vu les étoiles briller, affirma fièrement Aile d’Argent.Ils ont entendu le vent souffler dans les branches… Et rien d’autre.— Lui dire aimer liqueurs à nous ! jubila Ponce, la mine rayonnante.(À moins que ce soit dû au fait qu’il était tout barbouillé de graisse après en avoir copieusement arrosé l’oie qui rôtissait…) Vous essayer ? lança-t-il à Gilthas.Fait grimper au plafond !Kerian et Aile d’Argent s’en furent, emmenant avec elles le nain des ravins.Gilthas resta seul avec la bougie, dont l’air faisait vaciller la fragile flammèche.Sous ses pieds, l’étrange frisson du sol… comme si le monde lui-même tremblait.D’un souffle, elle pouvait s’éteindre et le replonger dans les ténèbres.Tout n’était que ténèbres.Tant de choses pouvaient précipiter la catastrophe… En cet instant même, le maréchal Medan pouvait être en train d’entrer dans la chambre de Gilthas, de lacérer les oreillers, de mettre Planchet aux arrêts en exigeant de savoir où se trouvait le roi…Gilthas se sentit soudain infiniment las.Cette existence de duperies, de duplicités et de faux-semblants l’accablait.Il était fatigué de jouer un rôle, constamment sur le devant de la scène sans pouvoir se retirer un instant en coulisses… Il en perdait le sommeil.Car qui savait ce qu’il pouvait laisser échapper en dormant ? Et qui précipiterait sa perte ?Non qu’il soit celui qui en paierait le prix.Le préfet Palthainon et Medan y veilleraient, eux qui avaient besoin de leur pantin sur le trône, s’agitant et se contorsionnant au bout des fils qu’ils manipulaient… S’ils découvraient les fils tranchés de leur marionnette, il leur suffirait d’en nouer d’autres.Gilthas demeurerait l’orateur.Il resterait en vie.Planchet mourrait sous la torture, contraint de révéler tout ce qu’il savait.Laurana ne serait probablement pas exécutée, mais certainement exilée comme son frère, traitée d’« elfe noire », comme lui.Kerian la Lionne serait à tous les coups capturée et expirerait sur l’échafaud… Car Medan avait proclamé sur la place publique que tel serait le sort qu’il lui réservait, si jamais elle tombait entre ses mains.Et Gilthas, contraint à son tour de voir souffrir ceux qu’il aimait le plus au monde, souffrirait peut-être le plus de tous, lui qui ne pourrait rien tenter pour les sauver…Quels pires tourments imaginer ?Ses vieux compagnons de route l’avaient rattrapé : la peur, le doute, le mépris de soi… Leurs mains glacées se refermèrent sur son pauvre cœur, lui flanquant des sueurs glaciales… Les spectres impitoyables faisaient assaut de prophéties macabres…Gilthas n’était pas à la hauteur.Il n’oserait pas continuer sur cette voie.S’il s’acharnait, il ferait pire que le mal.Sa folie mettait son peuple en péril.Il se pouvait que Medan ait déjà découvert le pot aux roses.Mais si Gilthas repartait sur-le-champ et retournait se blottir sous ses draps, peut-être éviterait-il la catastrophe… ?— Gilthas ! s’éleva une voix sévère.Il sursauta, son regard fou volant vers un visage qui ne lui était pas familier.— Mon époux…, souffla Kerian d’une voix douce.Il ferma les yeux, un frisson le parcourant tout entier.Lentement, il desserra les poings, se forçant au calme.Cessant d’être crispé, de trembler de tous ses membres… Les ténèbres qui l’avaient momentanément aveuglé refluèrent.La flamme de la bougie qui incarnait Kerian brûlait de nouveau, claire et puissante.Il inspira à fond.— Je vais mieux, Kerian.Ne t’inquiète pas.— Tu es sûr ? insista-t-elle.Le thane attend dans la pièce adjacente.Dois-je le faire patienter ?— Non, l’attaque est passée… (Il ravala la bile qui menaçait de l’étouffer.) Tu as chassé mes démons… Laisse-moi un instant pour me rendre présentable.De quoi ai-je l’air ?— On dirait que tu viens de voir un spectre.Mais pour les nains, tous les elfes ont des faces de carême !Gilthas étreignit sa femme, qui protesta en riant.— Arrête ! Et si quelqu’un nous surprenait enlacés ?— Je m’en fiche ! s’exclama-t-il en jetant la prudence aux orties.Je suis fatigué de mentir au monde entier ! Tu es le roc sur lequel je bâtis ma vie et mon salut ! Tu as sauvé ma vie et jusqu’à ma raison… Quand je repense à ce que j’étais, prisonnier de ces démons, je m’étonne encore que tu aies pu m’aimer.— Derrière les barreaux, j’ai vu l’âme retenue prisonnière… (Kerian se détendit dans les bras de son époux, savourant ces trop brefs instants [ Pobierz całość w formacie PDF ]