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.Tous les soirs, il faisait de même.Chaque fois qu’il le pouvait, il éteignait les lumières de sa maison et venait prier dans les froides ténèbres.C’était un acte d’expiation qui le rapprochait du Christ agonisant à Gethsémani.Il se remémora les mots du psaume 51 : « Dieu, crée pour moi un coeur pur, restaure en ma poitrine un esprit ferme{4}.» Ses lèvres et sa langue sèches bafouillèrent sur le mot « ferme ».Il eut un petit rire amer.Il ne pouvait plus prier.L’obscurité lui faisait aussi penser à cette cellule, et surtout à la voix qui chuchotait ses secrets dans l’ombre.De tels souvenirs lui tiraient des larmes en lui rappelant son mystérieux passé.Il se cacha le visage dans les mains, et sanglota, désespéré par ce qu’il avait fait tout autant que par ce qu’il aurait dû faire, mais n’avait pas fait.CHAPITRE II« D’autres dissimulent leurs secrets.derrière une méthode d’écriture particulière.»Roger BACON, Opus majus.Horehound et son compagnon Milkwort, silencieux comme des chevreuils mouchetés, se cachaient dans les ronces et les broussailles.Tapis, comme pétrifiés, ils surveillaient le chemin qui quittait la forêt en serpentant pour gravir les collines crayeuses vers le château de Corfe.Six semaines s’étaient écoulées depuis que Horehound avait découvert la jouvencelle assassinée dans les parages de la forteresse.Depuis lors il y en avait eu une autre, Gunhilda, dont le corps meurtri avait été trouvé parmi les tas d’ordures, dans un terrain en friche, dans l’enceinte même du château.Le père Matthew, en chaire et au pied de la croix du marché, s’était élevé avec force contre ces épouvantables meurtres.Mais à quoi bon ? Tuer faisait partie de la vie.On avait mis à prix la tête de Horehound parce que, pour survivre, lui et Milkwort devaient chasser, braconner les daims de Lord Edmund et larronner comme ils pouvaient.Ils avaient passé le mois de novembre à l’affût, piégeant chevreuils et conils, faisant sécher et salant la viande dans des cuves de saumure au plus profond de la forêt.L’Ancien, un membre de leur bande, leur avait conseillé de remplir leur garde-manger en prévision de l’hiver.Il avait prédit qu’il ne tarderait pas à neiger et que, à nouveau, pour Horehound et ses compagnons, la vie tiendrait à un fil.C’était l’Avent et l’église se préparait à fêter la naissance de l’Enfant Jésus.Le père Matthew avait déjà orné la nef de St Pierre de verdure et ses ouailles ramassaient du bois dans le cimetière et les communaux pour construire une crèche.Mais des nouvelles et d’incessantes rumeurs avaient fait oublier tout cela ; la communauté était en émoi.Des étrangers allaient venir dans la contrée ! Le château de Corfe devait abriter une rencontre entre les clercs de France et d’Angleterre.Horehound ignorait qui était le roi de France.L’Ancien lui avait narré que le royaume de France s’étendait au-delà de la Manche et qu’il avait, jadis, été gouverné par les souverains anglais.Horehound avait prêté l’oreille aux racontars.Derrière La Taverne de la Forêt, installé sous les arbres à clabauder avec les torchepots de la grand-salle qu’une gibecière de délicieuse viande fraîche de lapin pouvait si aisément convaincre d’évoquer informations et événements locaux, Horehound avait fort bien joué l’émerveillement.Se tenir au courant était vital pour lui qui redoutait toujours que le capitaine du Dorset et sa troupe parcourent la région, prêts à traquer ses semblables.Il avait pressé les gâte-sauces de questions.Alors qu’il était assis entre Angelica et son époux Milkwort, les valets l’avaient d’abord taquiné.Ils avaient prétendu que des juges royaux arrivaient, suivis à grand fracas par le tombereau des exécutions, chargé d’un pilori, d’une potence et de fouets destinés à châtier Horehound et sa bande.Un garçon, plus insolent que les autres, avait même laissé entendre que Horehound était coupable du trépas des jouvencelles du coin.Le pendard avait clamé son innocence jusqu’à ce qu’on rie et le rassure [ Pobierz całość w formacie PDF ]